Du
16e au 18e siècle
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Les
trois siècles qui s’écoulent entre la restauration du
pouvoir royal sous Louis XI (1461-1483) et la Révolution française
(1789-1799) peuvent être regroupés sous le nom d’Ancien
Régime. Cette période marque la culmination du pouvoir
royal en France, notamment sous le règne de Louis XIV (1643-1715),
soutenu par la noblesse et le clergé. Trois phases
essentielles se détachent : la Renaissance du 16e siècle,
l’Age classique du 17e siècle et enfin les Lumières
du 18e siècle. Chacune de ces périodes est riche d’inventions
dans les arts, les lettres et la vie intellectuelle, mais elles révèlent
aussi des troubles économiques et sociaux profonds. La Renaissance
est l’époque de la redécouverte des valeurs antiques des
grandes civilisations grecques et romaines, des courageux voyages maritimes
et de la rencontre avec l’autre. En même temps, c’est aussi l’époque
de graves conflits internes entre catholiques et protestants.
L’Age classique favorise l’avènement des grandes oeuvres, fait
triompher la raison, mais les rivalités européennes sont
exacerbées par des guerres continuelles, les sujets du royaume
sont exploités, comme le sont les peuples d’outre-mer par l’esclavage.
Le siècle des Lumières fait entrer le pays dans le cycle
du progrès et des sciences, les philosophes défendent
un esprit libre et tolérant, dénoncent la tyrannie; pourtant,
la fracture entre riches et pauvres s’agrandit, les uns (bourgeois et
marchands) s’enrichissent tandis que les autres (paysans et ouvriers)
s’appauvrissent, jusqu’à ce que la crise de 1789 vienne faire
tout basculer. Ces trois siècles sont une période cruciale
pour le royaume de France, pour le devenir européen et mondial,
ils préparent les mutations fondamentales des 19e et 20e siècles
d’un monde en marche vers la modernité.
Les guerres d’Italie
En
1491, le jeune Charles VIII, qui succède à son
père Louis XI, réalise une unité que le royaume
de France n’avait jamais connue jusque là. A la suite du siège
de Rennes par les armées françaises, Anne, duchesse de
Bretagne, consent à se marier au roi de France. Grâce à
cette union, cette province occidentale longtemps indépendante
rejoint la couronne des Valois. Toutefois, ce mariage ne produira pas
d'héritier et le trône reviendra plus tard à une
autre branche des Capétiens, les Orléans. Charles VIII
ne se contente pas de la Bretagne, il rêve surtout de reconquérir
le royaume de Naples, qui a autrefois appartenu à la France par
héritage. Son règne de neuf années sera ainsi placé
sous le signe de la guerre avec le voisin du sud, et les guerres
d’Italie, qu’il commence en 1495, vont durer jusqu’en 1559. D’abord
victorieux à Naples, Charles VIII doit abandonner la ville un
an plus tard, face à une ligue qui regroupe les Vénitiens,
le duché de Milan et les armées du pape. En 1498, son
successeur Louis XII, un Orléans, reprend les
guerres d’Italie : après des succès initiaux, il est lui
aussi contraint de se replier et de renoncer à ses conquêtes
dans la péninsule.
Au
terme d’une paix relative de quelques années, François
1er (1515-1547), nouveau roi de France, enregistre dès l’année
de son couronnement une victoire éclatante à Marignan,
non loin de Milan, en 1515. A ce moment, il est devenu évident
que même si le théâtre des batailles se situe en
Italie, l’enjeu véritable est la domination du sud de l’Europe,
de son réseau de routes commerciales, essentiel pour les échanges
et la vitalité économique du pays. Les principaux acteurs
du conflit sont le royaume de France et la Bourgogne, la province renégate
alliée de l’Autriche et où règne Charles Quint,
l’héritier de Charles le Téméraire. Au-delà
de cette rivalité se profilent les disputes religieuses qui apparaissent
entre les partisans de la Réforme et les fidèles
de l’Eglise de Rome. Ces disputes vont plonger la France
dans un climat de guerre civile durant la seconde moitié du 16e
siècle.
La Renaissance
Les
expéditions d’Italie ont exercé un effet puissant sur
la France, à tel point que le 16e siècle est celui de
sa Renaissance. L’Italie, par sa position géographique,
ses activités commerciales, est largement ouverte sur les riches
sociétés méditerranéennes et orientales;
à la suite de la prise de Constantinople par les Turcs
ottomans en 1453, une vague de réfugiés de savants et
d’intellectuels fuient vers la péninsule, apportant avec eux
la brillance et les savoirs de l’Empire byzantin; par ailleurs,
l’Italie porte toujours en elle les traces des grandes civilisations
antiques de Grèce et de Rome, qui continuent d’inspirer la vie
intellectuelle et artistique. Les rois français sont tout simplement
impressionnés par cette grandeur du passé de l’Italie
et l’éclat de son présent. François 1er fait venir
d’Italie des savants, des artistes ainsi que des architectes qu’il assigne
à résidence pour produire les joyaux architecturaux de
cette époque : les châteaux de la Loire, et notamment
Blois et Chambord, dont la construction a demandé
plus de vingt ans (1519-1540). Léonard de Vinci est également
invité à la cour de François 1er pour participer
à la décoration des châteaux. Le grand artiste meurt
près d’Amboise, avec le roi de France à son chevet. Dans
la seconde moitié du 16e siècle, avec le début
de la construction du Louvre à Paris (1546-1559), un style
moins flamboyant voit le jour, il est le fait d’artistes français
à la recherche de plus d’ordre et de symétrie dans les
volumes et les proportions, annonçant ainsi l’art classique du
siècle suivant.
D’autre
part, les voyages maritimes, porteurs de perspectives neuves
pour les sociétés européennes, sont encouragés
par l’essor des techniques de navigation et la volonté d’accéder
à de nouvelles sources de richesse : Christophe Colomb
accoste en Amérique en 1492; Vasco de Gama découvre
la route des Indes par le sud de l’Afrique en 1498; l’expédition
de Magellan (1519-1522) traverse le Pacifique et prouve
la sphéricité de la Terre; Jacques Cartier fonde
en 1534 les premières colonies françaises au Canada. La
vie intellectuelle et littéraire joue également un rôle
essentiel dans l’effervescence culturelle de la Renaissance. De multiples
facteurs se combinent pour favoriser l’avènement d’une pensée
humaniste dont les fondements reposent sur l’établissement
de faits et d’évidences et non plus sur des croyances et des
dogmes. Dans un climat de redécouverte des sciences disciplinaires
(astronomie, physique, mathémathiques) des civilisations grecques
et romaines pré-chrétiennes, la traduction latine de la
Bible est remise en question par des philologues qui ont accès
au texte original en hébreu.
Du
côté des écrivains, alors que la langue française
devient obligatoire dans tout texte officiel à partir de 1539
(Ordonnance de Villiers-Cotterêts), la littérature est
en pleine effervescence. Après les poèmes désabusés
et sarcastiques de François Villon, l’ancêtre des
poètes français (Lais, 1456; Le Testament,
1461), l’humanisme et l’Antiquité relancent la production littéraire,
qui bénéficie largement pour sa diffusion de l’invention
de l’imprimerie (près de 50.000 ouvrages sont imprimés
à Lyon et à Paris au cours du 16e siècle). Clément
Marot (1496-1544) invente de nouvelles formes poétiques (Blason
du beau tétin, 1536) et est plusieurs fois condamné
et forcé à l’exil pour hérésie. Marguerite
de Navarre (1492-1549), soeur de François 1er, avec l’Héptaméron
(1559), publié après sa mort, s’inspire du Décaméron
de Boccace (1353) pour produire une oeuvre d’analyse des sentiments
selon une perspective féministe; Rabelais (1494-1553),
le premier représentant de la tradition littéraire iconoclaste
en France, s’amuse et ironise sur la soif de connaissances de ses contemporains,
mais aussi sur leurs croyances (Pantagruel, 1532; Gargantua,
1535); la poésie de Ronsard (1524-1585) et celle de du
Bellay (1522-1560) renouvellent la langue française en définissant
des normes littéraires strictes (Ronsard, Odes, 1550;
Sonnets pour Hélène, 1578; du Bellay, Défense
et Illustration de la langue française, 1549); enfin, Michel
de Montaigne (1533-1594), un noble de de Bordeaux, publie en 1580
Les Essais, oeuvre unique et fondamentale qui définit
de manière remarquable les enjeux humanistes principaux de la
Renaissance : appel à la tolérance, refus du dogme, recherche
de la connaissance, relativisme culturel devant nécessairement
émerger de la découverte de nouveaux continents. Ces paroles
de sagesse ne sont guère entendues toutefois, le royaume de France
est à ce moment plongé dans une guerre civile violente
qui étouffe ces idées généreuses.
Les guerres de Religion
En
1534, au cours d’une nuit du mois d’octobre, des affiches sont posées
partout sur les murs de France, jusque sur la porte de la chambre de
François 1er. Ces "placards" dénoncent
le pape, l’accusant de blasphémer, le traitant de vermine et
de menteur. Cette affaire est le symptôme de la guerre des religions
qui émerge en France et en Europe. Les thèses de l’allemand
Luther (1488-1546) puis du suisse Calvin (1509-1564),
les principaux théoriciens de la Réforme, ont convaincu
une bonne part de la noblesse française - dont la soeur du roi,
Marguerite de Navarre, et créent les conditions d’une rupture
entre catholiques et protestants. Ces derniers jugent
sévèrement les excès scandaleux de l’Eglise de
Rome, ses superstitions et la corruption de ses prélats, son
influence politique grandissante, renforcée par par les richesses
qu’elle dérive de son commerce florissant avec ses principaux
alliés, l’Espagne et le Portugal. Les partisans de la Réforme
réclament un retour à la foi pure soutenue par une lecture
à la lettre des Evangiles et de la parole du Christ. En revanche,
les catholiques, qui soutiennent le pape, accusent les évangélistes
d’hérésie, de contester l’autorité du pape et d’abjurer
la foi chrétienne en renonçant à ses dogmes fondamentaux.
Dans un pays déjà divisé politiquement entre partisans
de la Maison de Guise (catholiques) et Huguenots (calvinistes)
durant le règne de Henri II (1547-1560), cette confrontation
entre réformistes et papistes va prendre des proportions dramatiques.
Quand
le petit-fils de François 1er, Charles IX, hérite
de la couronne en 1560, il est trop jeune pour gouverner. C’est donc
sa mère, Catherine de Médicis, qui assure la régence
jusqu’à sa maturité. En 1562, bien qu’un édit de
tolérance permette aux protestants de pratiquer librement leur
culte, le duc de Guise fait massacrer plusieurs dizaines d’évangélistes
assemblés dans une grange à Wassy, un petit village de
Champagne. Cet acte déclenche les hostilités, les protestants
obtenant le soutien de l’Angleterre et de l’Allemagne, des batailles
ont lieu partout dans les régions de France, ponctuées
toutefois par des trèves et traités (Amboise, 1562; Longjumeau,
1567; Saint-Germain, 1570). En août 1572, toute la noblesse protestante
est réunie à Paris pour assister au mariage de Henri
de Navarre et de Marguerite de Valois, soeur du jeune roi de France.
C'est alors que Catherine de Médicis, sous le prétexte
de protéger Charles IX contre une conspiration et dans l'espoir
de décapiter le mouvement réformiste, donne l’ordre de
massacrer la communauté protestante. Le 24 août, jour de
la Saint-Barthélemy, des assassinats et des pillages
ont lieu à Paris, faisant plusieurs milliers de victimes. Seuls
le roi de Navarre et son fils le prince de Condé sont épargnés,
ayant été contraints à abjurer leur foi. En province,
les assassinats de protestants se poursuivent jusqu’au mois d’octobre,
faisant des dizaines de milliers de victimes parmi eux. Cependant, ces
terribles massacres sont loin d’anéantir les protestants, ils
raniment au contraire un sentiment de solidarité parmi la communauté
réformiste et vont exacerber les luttes.
A
la suite de la mort prématurée de Charles IX en 1574 (il
n’a que 24 ans), son frère Henri III accède au
trône. Le nouveau roi doit faire face à un nouvel ennemi,
à l’intérieur même du camp catholique : c’est la
Sainte Ligue, menée par le duc de Guise, contrôlant
la majeure partie du royaume et réclamant le partage du pouvoir
avec le roi. Henri III n’a d’autre solution que de chercher une alliance
avec l’autre Henri, roi de Navarre, qui s’est reconverti au protestantisme
depuis sa fuite de Paris. En 1588, profitant d’une réunion des
Etats généraux à Blois, Henri III fait assassiner
les deux membres principaux de la Maison de Guise, dont le duc lui-même.
Le roi de France est alors persuadé qu’il pourra régner
seul et entreprend avec Henri de Navarre la reconquête militaire
du royaume. Cette espérance est de courte durée cependant
: l’année suivante, en août 1589, alors qu’il fait le siège
de paris, Henri III est à son tour assassiné à
coups de poignard par un moine dominicain, Jacques Clément. En
l’absence d’héritier direct, c’est à Henri de Navarre,
de la branche des Bourbons, descendant de Saint Louis, que revient le
trône de France.
Henri
IV, successeur au trône, est donc un protestant, et il hérite
d’un royaume qu’il doit reconquérir face aux rebelles catholiques
de la Sainte Ligue. Cette reconquête est achevée quatre
ans plus tard, ses troupes pénétrant sans difficulté
dans un Paris épuisé par la guerre. Après avoir
à nouveau abjuré – de sa propre volonté cette fois
– et s’être converti au catholicisme, Henri IV est finalement
couronné en 1594 à Chartres. Le règne d’Henri IV
se place ainsi sous le signe de la réconciliation et de la paix
civile retrouvée : l’Edit de Nantes (1598) permet aux
protestants de pratiquer leur culte librement à l’intérieur
du royaume, il leur donne aussi le contrôle total de certaines
villes. Par ailleurs, Henri IV s’emploie à renforcer le pouvoir
royal, affaibli par la montée en puissance des nobles et l’autonomie
des communes. Il rétablit, avec son ministre Sully, la
collecte des impôts et crée de nouvelles taxes qui renflouent
les caisses de l’Etat. L’activité culturelle et artistique peut
reprendre, elle est marquée par l’émergence du style baroque,
dans l’architecture, les lettres, la musique et les arts. Cette tendance,
qui apparaît comme une sorte de récréation
après les longues souffrances des guerres, refuse les règles
établies, prône la liberté et la fantaisie et même
une certaine démesure dans le cadre d’une exécution toujours
raffinée et décorative. Le règne du populaire Henri
IV finit brutalement, en 1610 : il est assassiné par Ravaillac,
un catholique, qui a été sévèrement puni
pour ce crime dont il n’a jamais révélé les motifs.
Vers la monarchie absolue
A
la mort d’Henri IV, le royaume de France entre dans une nouvelle régence,
l’héritier du trône, Louis XIII, étant trop
jeune pour gouverner. C’est Marie de Médicis, sa mère,
qui assure la transition jusqu’en 1617. Fervente catholique, elle cherchera
toujours, même après la fin de sa régence, à
exercer son influence sur le roi. C’est elle qui impose à Louis
XIII, en 1624, un homme habile et rusé, Richelieu, qui
devient chef du cabinet du roi. L’alliance entre le roi et le cardinal
de Richelieu dure près de vingt ans, produisant une sorte de
monarchie bicéphale jusqu’alors inédite en France. Richelieu
est toujours resté fidèle à Louis XIII et tout
en s’attachant à renforcer le pouvoir autour de la personne du
roi, il s'employait à renforcer le sien. Les prérogatives
accordées aux protestants par l’Edit de Nantes ont été
immédiatement diminuées : en 1628, à la suite du
siège de La Rochelle, un traité de paix retire aux protestants
leurs villes fortifiées, tout en leur laissant leur droit de
culte. La noblesse française est aussi visée : Richelieu
impose aux nobles des devoirs d’obéissance, de respect et de
services envers le monarque.
Pour
renforcer l’Etat et lui assurer des ressources, Richelieu encourage
le commerce, développe la marine. L'empire colonial français
se renforce : l'embouchure du Saint Laurent au Canada accueille de nouveaux
colons, des villes sont fondées au Sénégal et à
Madagascar. Richelieu crée les postes d’intendants, représentants
du roi dans les provinces et dont la mission est multiple: surveiller
la répartition de l’impôt, veiller sur les tribunaux et
l’ordre civil; ils sont également chargés de développer
le commerce, l’industrie et l’agriculture. Ces intendants continueront
à jouer un rôle essentiel pour le pays jusqu’à la
fin du 18e siècle. La vie culturelle et artistique connaît
un fort regain au cours du règne de Louis XIII. Richelieu fonde
en 1636 l’Académie française, gardienne jusqu’à
aujourd’hui de la langue et des lettres; au théâtre,
genre dominant dans un 17e siècle très soucieux de l’attitude
et du paraître, Pierre Corneille (1606-1684) s’illustre
par des tragédies aux formes régulières inspirées
du monde médiéval ou antique (Le Cid, 1637; Horace,
1640; Polyeucte, 1642). L’humanisme de la Renaissance se prolonge
par ailleurs dans la littérature philosophique et d’idées,
fortement préoccupée par la recherche d’une pensée
rationnelle : René Descartes (1596-1650) définit
les conditions d’une analyse scientifique qui s’écarte des croyances
et des dogmes dans le Discours de la Méthode (1637). Le
tandem royal fortement ancré au sommet de l’Etat semblait prêt
à continuer dans l’au-delà : Richelieu meurt en décembre
1642, et Louis XIII meurt à son tour quelques mois plus tard,
en mai 1643.
C’est
à Louis XIV (1638-1715), le fils de Louis XIII, que revient
alors le trône. L’héritier n’ayant que 5 ans, Anne d’Autriche,
sa mère, assure la régence. Pour l’assister, elle fait
appel à Mazarin, recommandé par Richelieu avant
sa mort. La France est alors en guerre avec l’Espagne et l’Autriche
mais le conflit prend fin avec le Traité de Westphalie (1648),
qui donne à la France les principales villes d’Alsace et de Lorraine
à l’ouest du Rhin, occupées depuis 1552. Ce traité
donne au royaume un contour proche de celui qu’on connaît aujourd’hui.
Cette nouvelle France, sûre de sa puissance et de son rayonnement
va être incarnée par son nouveau roi, Louis XIV, surnommé
le Roi Soleil. Son long règne connaît pourtant des
débuts difficiles : en raison de la Fronde, une révolte
des nobles et des parlements de 1649 à 1652 contre le ministère
Mazarin, le jeune roi est contraint à quitter Paris et le royaume
avec Anne d’Autriche. Il ne revient qu’en 1652, alors que la révolte
est maîtrisée par les troupes royales conduites par Turenne.
Louis XIV reprend alors le pouvoir, assisté de son fidèle
premier ministre, Mazarin. A la mort de ce dernier, en 1661, Louis XIV
décide toutefois de gouverner seul; il n’a que 24 ans et ce geste
porte déjà la marque distinctive du règne du plus
grand des rois de France, la monarchie absolue, par laquelle
l’autorité est un droit divin, et le roi le représentant
de Dieu sur terre. Mais même s’il se place seul à la tête
de l’Etat, Louis XIV ne s’entoure pas moins de ministres dévoués
et brillants, issus de la grande bourgeoisie plutôt que de la
noblesse : Colbert est secrétaire d’état à
la Marine et aux Finances; Louvois est secrétaire d’état
aux Armées; Vauban aux Fortifications. Louis XIV renforce
également le pouvoir des intendants dans les provinces. Passionné
par la guerre, le roi a besoin de toutes les ressources possibles pour
gagner les batailles : sur un règne personnel d'une durée
totale de 55 ans, la France aura été en guerre pendant
30 ans. Les victoires contre la Hollande et l’Espagne en 1681 permettent
d’ailleurs à Louis XIV d’élargir son royaume quand la
Franche Comté, l’Alsace et Strasbourg rejoignent finalement la
couronne, s’ajoutant ainsi à la Flandre, acquise depuis 1668.
C’est
au cours de la période la plus glorieuse du règne de Louis
XIV (1661-1685) que se développe l’art classique en France.
Cet art repose sur la clarté et la simplicité, il est
fondé sur des règles précises et soigneusement
définies. Plutôt que de limiter la création, ces
contraintes au contraire favorisent l’inspiration des artistes et des
auteurs : Molière (1622-1673) et Racine (1639-1699)
au théâtre; Boileau (1636-1711) et La Fontaine
(1668-1696; Fables) pour la poésie; Madame de la Fayette
(1634-1693; La Princesse de Clèves, 1678) et Furetière
(1619-1688; le Roman bourgeois, 1666) pour le roman, un genre
relativement nouveau pour l’époque. Quant à François
de La Rochefoucauld (1613-1680), il publie de 1664 à 1678
ses célèbres Maximes, un recueil de sentences brillantes
inspirées par la longue fréquentation de ses contemporains
et la vie des salons. A cet art classique florissant correspond un idéal
social, auquel il convient de se conformer, c’est le modèle de
l’honnête homme, largement illustré par les oeuvres
du chevalier de Méré (1607-1684). Conçu
pour répondre aux excès du baroquisme qui célébrait
la singularité et le fantasque, le concept de l’honnête
homme est au contraire celui d’un personnage modéré et
adaptable. Il possède une grande culture, ce qui lui permet de
briller dans les salons, mais il évite de se spécialiser,
afin de ne pas se laisser entraîner dans le pédantisme
d’une trop grande technicité. Cette conduite sociale est un véritable
art, l’honnête homme évite l’arrogance, l’ostentation,
il cherche l’harmonie avec ses interlocuteurs. Cette philosophie de
l’homme social façonne les rapports humains dans la société
de Louis XIV, elle implique aussi une certaine déférence
envers l’autorité, et donc le souverain, soucieux de préserver
son pouvoir absolu.
Pour
un tel roi, il fallait une demeure à sa mesure, et si possible
à l’écart de Paris, dont il se méfie depuis les
troubles de la Fronde. Ce sera le palais de Versailles, situé
à quelques dizaines de kilomètres de la capitale, l’oeuvre
architecturale la plus grandiose jamais construite en France. Les travaux
dureront plus d’un demi-siècle et nécessiteront des dizaines
de milliers d’hommes. L’ensemble est dirigé par les architectes
Le Vau et Mansart, la décoration est confiée au peintre
Le Brun et les jardins à Le Nôtre. La Grande Galerie, pièce
centrale d’un intérieur féérique, est ornée
de 17 miroirs gigantesques qui multiplient les lumières de 54
lustres suspendus, chacun portant 150 bougies. A l’extérieur,
une vaste cour de marbre sur laquelle donnent les fenêtres de
la chambre du roi. Le parc est immense, décoré de 400
statues et de 1400 jets d’eau. Louis XIV ne s’installe définitivement
dans son palais qu’en 1684, et avec lui toute la cour des privilégiés
qui auront l’honneur d’assister à la toilette du roi, ou à
son coucher. Toute la vie de la cour est désormais déplacée
à Versailles. Or curieusement, c’est à cette date que
commence le déclin du règne du Roi Soleil, pris désormais
dans un cérémonial figé, atteint de sclérose
financière chronique et obsédé par toute menace
pouvant se manifester contre l'autorité du roi, disputée
en particulier à l’intérieur même du camp catholique
par les jansénistes du monastère de Port-Royal,
un groupe de religieux radicaux dont les thèses contre-réformistes
et anti-jésuites ont été défendues par
Blaise Pascal (Les Provinciales, 1657).
En
1685, Louis XIV, qui n’a jamais toléré l’existence des
réformistes dans son royaume, remet en question les droits des
protestants en France; il révoque ainsi l’Edit de Nantes par
l’Edit de Fontainebleau, qui interdit la pratique du culte protestant
en France. Cette mesure provoque l’exode hors de France de centaines
de milliers de Huguenots - malgré l’ordre qui leur est donné
de ne pas quitter le royaume - emportant avec eux des richesses considérables.
Cet exode aura un impact important sur l’économie globale du
pays, de même que les nouvelles batailles qui sont menées
par la France de 1688 à 1697 contre une coalition européenne,
la Ligue d’Augsbourg, et plus tard de 1702 à 1714 lors des guerres
de succession d’Espagne. La France sort épuisée et ruinée
de ces guerres, elle doit en plus faire des concessions territoriales
majeures, dont ses terres en Amérique du Nord, la Terre Neuve
et l’Acadie. L’atmosphère de déclin et de fin de règne
du Roi Soleil est illustrée par un débat célèbre,
la querelle des Anciens et des Modernes (1685-1715), qui met
à jour les contradictions des intellectuels du début du
18e siècle : alors que le duc de Saint-Simon (1675-1755)
fait part dans ses Mémoires (1694-1749) de sa nostalgie
de l’organisation médiévale, que La Bruyère
(1645-1696) pense que la perfection a été atteinte dans
l’Antiquité et qu'il n'existe pas d'autre alternative que de
tenter de l'imiter, Fontenelle (1657-1757), Fénelon
(1651-1715) et surtout Charles Perrault (1628-1703) suggèrent
quant à eux un dépassement des valeurs anciennes et une
réforme de la monarchie qui puisse la préparer aux réalités
modernes.
Les Lumières
A
la mort de Louis XIV en 1715 (son règne a duré 72 ans),
c’est à son arrière-petit-fils que revient la succession.
Louis XV n’ayant que 5 ans, la régence est assurée
par Philippe d’Orléans jusqu’en 1728. Les difficultés
financières sont graves, l’Etat enregistre un déficit
budgétaire sans précédent, largement dû à
des dépenses militaires constantes et au coût exhorbitant
de la cour de Versailles. Par contre, la France de Louis XV voit l’émergence
d’une classe bourgeoise élargie et aisée, enrichie par
le commerce d’outre mer et l’esclavage qui résultent d’une politique
coloniale, notamment en Inde et au Canada, que le roi tente de poursuivre
malgré le manque de financement et d’enthousiasme. Une grande
partie de ces terres seront d’ailleurs complètement perdues avec
le Traité de Paris, mettant fin à la guerre de
Sept Ans (1756-1763) qui opposait la France et l’Autriche à l’Angleterre
et la Prusse.
A
cette époque toutefois, et jusqu’à la veille de la Révolution,
le commerce français d’outre mer, malgré sa superficie
géographique moindre, sera aussi florissant que celui de l’Angleterre,
grâce notamment à ses possessions aux Antilles, dans l’Océan
Indien (Ile Maurice et Seychelles) et plus tard dans le Pacifique (Tahiti,
Nouvelle Calédonie), à la suite des expéditions
de Bougainville (1766-1769)
et de La Pérouse (1785-1788).
Par ailleurs, la Louisiane, dans la vallée du Mississipi reviendra
sous le contrôle du royaume de France après la guerre d’Indépendance
américaine (1775-1782). Le monde francophone d’aujourd’hui se
dessine ainsi progressivement au 18e siècle, il s’agrandira davantage
dans le cadre d'une politique coloniale nettement plus agressive au
cours du siècle suivant.
Le
régime affaibli de Louis XV est impuissant à contrôler
le front uni et solidaire des familles capitalistes et industrielles,
qui ne sont pas prêtes à partager leur fortune. En 1749,
le contrôleur des finances de Louis XV est humilié lorsque
le Parlement de Paris s’oppose à l’instauration d’un nouvel impôt,
le "vingtième", par lequel chaque sujet du royaume
devrait verser 5% de ses revenus à l’Etat. Cette faiblesse politique
et monétaire de l’Etat français est d’une certaine manière
paradoxale. A cette époque, le royaume de France est le pays
le plus peuplé d’Europe; la culture française sert de
référence, ses savants sont écoutés, ses
intellectuels sont lus et ses artistes admirés; la langue française
est la langue diplomatique de l’Europe (depuis le Traité de Westphalie)
et elle est parlée par tous les Européens cultivés.
Le
point de culmination de cette brillance universelle arrive avec la publication
de l’Encyclopédie (1751-1772), un Dictionnaire raisonné
des sciences et des arts, ainsi que le définissent ses auteurs,
le philosophe Denis Diderot (1713-1784) et le mathématicien
d’Alembert (1717-1783). Il s’agit d’un vaste ouvrage comprenant
28 volumes et se donnant pour tâche de faire le point sur les
idées et savoirs dans tous les domaines de la connaissance. Dans
ce dictionnaire, on y parle aussi bien d’astronomie que des machines
frappant les pièces de monnaie, ou des civilisations anciennes
d’Amérique. Cette oeuvre monumentale restera un outil de référence
pendant un siècle, elle représente le premier effort de
synthèse des connaissances jamais entrepris. Elle symbolise aussi
l’époque des Lumières, avec sa certitude que la
connaissance mène au progrès, et que le progrès
mène à une société meilleure et plus juste.
Les
auteurs de l’Encyclopédie ne sont pas les seuls à promouvoir
des idées nouvelles, remettant largement en question les bases
du pouvoir royal : Montesquieu (1689-1755) publie en 1748 L’Esprit
des lois, un ouvrage de sociologie politique qui condamne le despotisme,
le fanatisme religieux et l’esclavage colonial. Il défend un
système de tolérance fondé sur la séparation
et la redistribution des pouvoirs. Cet ouvrage exercera une grande influence
sur la rédaction des constitutions américaine (1787) et
française (1789). Proche de Montesquieu, Voltaire (1694-1778)
est l’auteur d’une oeuvre brillante, prolixe et éclectique. Poursuivi
sa vie durant par le pouvoir royal (il est emprisonné à
la Bastille, il a dû s'exiler en Angleterre et dans les provinces),
protégé et admiré des cours européennes,
il ne cesse de critiquer les abus de pouvoir des grands de ce monde
par le biais du théâtre (Zaïre, 1732), de la
poésie ou du conte philosophique (Zadig, 1747; Candide,
1759) et des essais. Voltaire publie en 1756 Essai sur les moeurs
et l’Esprit des nations, une vaste fresque de l’histoire mondiale.
Même s’il conclut que cette histoire n’est qu’un "amas de
crimes, de folies et de malheur", Voltaire affirme sa confiance
dans le progrès d’une humanité guidée par la raison.
Voltaire annonce déjà l’esprit anti-clérical et
rationaliste qui culminera au 19e siècle.
Quant à
Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), né à Genève,
orphelin et autodidacte, esprit indépendant et idéaliste,
son oeuvre sera fortement inspirée par sa propre expérience
de la vie, au contact de l’injustice et de l’inégalité
(Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité
parmi les hommes, 1755). Pour Rousseau, les problèmes politiques
de la société dérivent largement d’un défaut
de communication (Essai sur l’origine des langues) et d’une éducation
erronée (Emile ou de l’Education). Son observation des
sociétés naturelles le conduit à célébrer
le mythe du bon sauvage, un homme pur et non teinté par
les vices et corruptions des sociétés européennes,
ce qui lui vaudra la critique ironique de Voltaire. Enfin, dans le Contrat
social (1762), Rousseau développe l’idée d’une démocratie
nationale, égalitaire et souveraine, entièrement
dévouée au service du bien du peuple.
Le
18e siècle est une période de progrès dans les
idées mais aussi dans les faits : le commerce, l’industrie se
développent très rapidement, grâce notamment à
un réseau routier qui se multiplie, facilitant communication
et échanges à l’intérieur du royaume. Le long règne
de Louis XV s’achève en 1774. Le roi, à 64 ans, succombe
de la variole, une terrible maladie qui tue cent mille Français
chaque année. C'est son petit-fils, Louis XVI, qui lui
succède. La situation financière de l’Etat s’aggrave plus
encore, les paysans, les roturiers ne peuvent plus payer; quant aux
privilégiés de la noblesse, du clergé, ainsi que
les nantis de la bourgeoisie, ils continuent à refuser obstinément
les réformes fiscales pourtant nécessaires proposées
par le ministre Turgot, finalement renvoyé en 1776. L’histoire
va s’accélérer à ce moment, le roi affaibli ne
fait plus illusion, le simple peuple ne peut supporter plus longtemps
les abus de ce pouvoir fondé sur la parenté et les alliances.
Fomentant sa Révolution,
la France est sur le point d’imploser.
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© Denis C.
Meyer-2003