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©2003-09 - LVDV
Denis C. Meyer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

présentation | sommaire | lecteurs | tropes | équipe | contact

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TROPES ET FIGURES

gémination litote onomatopée pataques prémunition substitution synecdoque
hendyadin métalepse oxymore pérégrinisme prétérition syllepse synérèse
hiatus métaphore paradoxe période prolepse syllogisme tautologie
hypallage métathèse paraphrase périphrase redondance symbole télescopage
hyperbole métonymie parisose personnification solécisme synalèphe verbiage
kakemphaton mot-valise paronomase pléonasme sophisme syncope zeugme

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GEMINATION

(geminatus, double).

Redoublement de la syllabe initiale dans les formations du type bêbête, fifille.

Ex. : Il donnerait un gros bécot à sa petite fafemme adorée (Joyce).

La gémination, comme l'aphérèse, caractérise le langage enfantin : dodo, neznez etc. Ainsi, constitue-t-elle le mode ordinaire de formations des diminutifs : Cricri pour Christine, Jojo pour Joël, Bébert pour Hubert.

La gémination a facilement une valeur péjorative ou dépréciative.

En phonétique, c'est la consonne doublée, qui comporte un intervalle entre la tension et la détente : elle l'a vu comparé à elle a vu. Voir à métaplasme.


HENDYADIN

(gr. hen dia duoin, un au moyen de deux).

Remplacer un nom accompagné d'un adjectif ou d'un complément par deux noms unis au moyen d'une conjonction (Lexis).

Ex. : Boire dans des patères et dans de l'or, pour boire dans des patères d'or.

Autre déf. : Figure de rhétorique qui consiste à dissocier en deux noms coordonnés une expression unique (nom et adjectif ou nom et complément) (Robert).

Ex. : Un temple rempli de voix et de prières (Lamartine).

Autre définition : Dissocier en deux éléments, coordonnés, une formulation qu'on aurait attendue normalement en un seul syntagme dans lequel l'un des éléments aurait été subordonné à l'autre (Dupriez).

Ex. 1 : Avec un sourire hardi, elle tendit une pièce et son poignet massif (Joyce).

Ex. 2 : Elle et ses lèvres racontaient (Eluard).

Même si chacun des éléments implique déjà l'autre, le procédé les met en lumière séparément.

La reformulation n'est pas toujours en un seul syntagme avec subordination directe : C'était ce matin-là dimanche, et l'inauguration du jardin zoologique de Chaillot (Queneau).


HIATUS

(latin : ouverture)

Rencontre de deux voyelles, surtout si elles sont semblables ou proches.

Ex. 1 : Et toi, qui en misères as abondance (Michaux).

Ex. 2 : Chacun a eu et a à l'égard de l'événement sa responsabilité (6 voyelles ou sons vocaliques entraînant des enchaînements vocaliques).

Autre ex. : Il dîna à Amiens.

Certains hiatus ont été lexicalisés : broc à eau [o-a-o], brouhaha [u-a-a].

Voir aussi à kakemphaton, paréchème et pataquès.


HYPALLAGE

On paraît attribuer à certains mots d'une phrase ce qui appartient à d'autres mots de cette phrase, sans qu'il soit possible de se méprendre au sens : Enfoncer son chapeau dans sa tête, pour enfoncer sa tête dans son chapeau.

Autre ex. : Son discours menace d'être long (c'est l'orateur qui menace).

Reboul classe l'hypallage comme une figure de sens consistant à déplacer une attribution : Sa gerbe n'était point avare ni haineuse (Hugo).

Autre ex. : Ils allaient obscurs par la nuit solitaire, dans l'ombre (Virgile).

Lexis : Procédé par lequel on attribue certains mots d'une phrase ce qui convient à d'autres : Ce marchand accoudé sur son comptoir avide (Hugo).

Autres exemples, cités par Dupriez : Trahissant la vertu sur un papier coupable (Boileau); Mais je ne vais pas te raconter la pièce, boulot transpirant (Audiberti).

Comme l'énallage (changement de temps, de pronom ou de personne), l'hypallage est en apparence un défaut.

Les surréalistes l'utilisent pour créer des concordances irréfutables : Le lit dormait d'un sommeil profond (Harp). Larguez les continents, hissez les horizons (Ducharme).


HYPERBOLE

Augmenter ou diminuer excessivement la vérité des choses pour qu'elle produise plus d'impression : un vacarme à réveiller les morts.

Autres noms : emphase, exagération, charge, superlation, auxèse (Barthes).

L'hyperbole va généralement dans le sens de l'augmentation plutôt que de la diminution ou de l'atténuation, qui sont plutôt le domaine de la litote (dire moins pour signifier plus).

L'hyperbole excessive conduit à l'adynaton.

L'hyperbole est marquée par des affixes augmentatifs : préfixes (super-, hyper-, extra-, maxi- etc.) ou suffixes (-issime); par des périphrases de comparaison, des accumulations de superlatifs, d'expressions exclusives : inexplicable, unique, impensable, une bêtise incommensurable etc. Rouquin comme un Irlandais peint par Van Gogh (San Antonio).

La langue courante contient beaucoup d'hyperboles endormies : un travail titanesque; c'est à se casser la tête contre les murs; couper les cheveux en quatre; clouer le bec; conte à dormir debout etc.

Pour Reboul, c'est une figure exagérée pour mieux exprimer : Je suis mort ! Il précise que l'auxèse est une hyperbole au sens positif, ce géant, alors que la tapinose a un sens négatif, ce nain.


KAKEMPHATON

Rencontre de sons par liaison ou enchaînement d'où résulte un énoncé déplaisant.

Ainsi dans le vers de Corneille : Je suis romaine, hélas, puisque mon époux l'est [mon nez-poulet].

Autre ex. : Fruits purs de tout outrage [toutou] (Baudelaire). Elle put, inviolable, résister [putain].

Le subjonctif est d'un emploi délicat et son usage frise parfois la cacophonie : Bien qu'il ait été à elle [ait tété à elle].

Autre ex. : Ah! plût à Dieu que tu susses ! (Bossuet, Sermon sur la bonté et rigueur de Dieu à l'égard des pécheurs).

Voir aussi à hiatus, paréchème et pataquès.


LITOTE

(bas latin litotes, mot grec, simplicité).

Se servir d'une expression qui dit moins pour faire entendre plus.

Ex. : Va, je ne te hais point (= je t'aime) (Corneille).

Autre ex. : La grande modestie de l'homme n'est pas apparente dans ses blasons (Michaux).

Autre déf. : Emploi d'une expression, d'un terme qui atténuent la pensée et suggèrent beaucoup plus qu'on ne dit (Lexis) : Ce n'est pas très bon, pour c'est mauvais; Il ne m'est pas antipathique, pour il m'est sympathique.

Certains théoriciens définissent la litote comme une combinaison de la périphrase et de l'ironie.

La litote est associée avec le laconisme (couper les détours expressifs) et la sobriété, on dit beaucoup en peu de mots, on reste en deçà de la substance à exprimer. C'est une atténuation reconnue comme fausse, simulée.

Comme pour l'antiphrase, c'est le contexte et l'intonation qui permettent de débusquer la litote. Elle se dit sur un ton de constatation minimale, indéniable, qui implique la possibilité d'en dire plus : On ne mourra pas de faim aujourd'hui.

Dupriez suggère que L'Etranger de Camus, la diction de Juliette Gréco ont été des prototypes de ce style que l'existentialisme a véhiculé précisément parce qu'il mettait l'accent sur le contexte, la situation. C'est l'écriture blanche, le degré zéro de l'écriture.

La litote prend toutes les formes de l'atténuation (y compris l'euphémisme, qui consiste à masquer le désagréable), et en particulier celle de la négation du contraire en langue courante : Ce n'est pas souvent que; c'est pas rigolo; c'est pas pour demain; c'est pas l'idéal; ça ne sent pas la rose.

Elle est également, et paradoxalement, un mode de soulignement :

Quand je suis gai, moi, ce n'est pas à moitié (Ducharme).

Reboul la qualifie de figure consistant à remplacer un signifié par un autre moins fort : je suis un peu las, pour très fatigué. Comme c'est souvent le cas, la litote procède par négation d'une hyperbole : Non, le docteur X n'a pas encore tué tous ses malades.


METALEPSE

(metalepsîs, transposition).

Faire entendre une chose par une autre, qui la précède, la suit ou l'accompagne, en est une circonstance quelconque ou enfin s'y attache ou s'y rapporte de manière à la rappeler aussitôt à l'esprit (Fontanier).

Ainsi, l'emploi d'entendre au sens de comprendre, d'écouter au sens d'obéir.

Autre déf. : Figure par laquelle on fait entendre l'antécédent [ou la cause] par le conséquent (Lexis) : Hélas! nous le pleurons pour Hélas ! il est mort; ou inversement, le conséquent par l'antécédent : Ils ont vécu pour ils n'existent plus, ils sont morts.

D'après Dupriez, la métalepse ne serait qu'une métonymiesi elle portait sur une proposition, mais elle n'est constituée que d'un léxème (i.e., morphème lexical - table, chaise, pied etc., par opposition à morphème grammatical - de, le, avec etc.).

Reboul définit la métalepse comme une figure consistant à remplacer le nom d'une chose ou d'une personne par une suite de métonymies : celui que nous pleurons pour le mort. Autre exemple tiré de l'Ecclésiaste : Quand la porte est fermée sur la rue, quand tombe la voix du moulin, quand se tait le chant de l'oiseau (.), quand on redoute la montée et qu'on a des frayeurs en chemin, obscure et terrible métalepse pour dire : quand on est vieux. Cette figure nomme la vieillesse par ses effets : cécité, surdité, fatigue etc.


METAPHORE

(lat. metaphora, transport).

C'est le plus élaboré des tropes, car le passage d'un sens à l'autre a lieu par une opération personnelle fondée sur une impression ou une interprétation et celle-ci demande à être trouvée, sinon reconnue, par le lecteur (Dupriez).

Bien qu'il s'emploie aussi dans un sens élargi, le mot métaphore n'est pas, au sens strict, synonyme d'image littéraire : en fait, il en est la forme la plus condensée, réduite à un terme seulement. En effet, à la différence de l'allégorie, il a un phore [comparant] unique, quoique celui-ci puisse être évoqué par plusieurs mots. A la différence de la comparaison, ce phore est mêlé syntaxiquement au reste de la phrase, où se trouve habituellement l'énoncé du thème [le comparé].

Ex. 1 : Je parle un langage de décombres où voisinent les soleils et les plâtras (Aragon).

Ex. 2 : Je raye le mot comme du dictionnaire (Mallarmé), autrement dit, je préfêre la métaphore à la comparaison. L'objectif de Mallarmé était en fait d'aller jusqu'au bout, de supprimer aussi le phore, c'est-à-dire le comparant. Cette opération devait être l'aboutissement de la quintessence, un poème qui aurait dit absolument tout, avec rien, un livre blanc, vierge.

Les métaphores s'usent, vieillissent, perdent leur pouvoir, évoquant de plus en plus leur thème, devenant alors des clichés, ainsi ces vers de Baudelaire:

Heureux celui qui peut, d'une aile vigoureuse [thèmes : l'imagination, l'esprit].

S'élancer vers les champs lumineux et sereins [thèmes : les cieux, la liberté, la paix].

Autre déf. : Procédé par lequel on transporte la signification d'un mot à une autre signification qui ne lui convient qu'en vertu d'une comparaison sous-entendue (Lexis) : Brûler de désir, la lumière de l'esprit.

Pour Reboul, la métaphore est une figure de sens qui consiste à remplacer le nom d'une chose par un autre qui lui ressemble: L'Eternel est mon rocher pour mon sûr appui. La métaphore porte sur des termes hétérogènes. Si l'on considère que la métaphore est une comparaison abrégée - est pour est comme - la phrase suivante n'est pourtant pas une métaphore : L'eau est [comme] un glaçon. Par contre, Sylvie est un glaçon constitue une métaphore en raison du rapport hétérogène entre Sylvie et glaçon.


METATHESE

Altération d'un mot par déplacement, inversion d'une lettre ou d'un élément phonétique.

Ex. : Blouque pour boucle.

Provincialisme : La moitié ed la France (Claudel).

Terme de l'ancienne grammaire, qui pourrait désigner certains bredouillements comme insluter, Rébénice, Nomitaure.

Queneau a travaillé sur ce thème dans ses Exercices de Style : Un juor vres miid, sru la palte-frome aièrrre d'un aubutos.

L'ancien français formage s'est lexicalisé ensuite en fromage.


METONYMIE

(metonumia, changement de nom).

Trope qui permet de désigner quelque chose par le nom d'un autre élément du même ensemble, en vertu d'une relation suffisamment nette.

Ex. courant : Avoir les yeux plus grands que le ventre.

Ex. : Le phallus en ce siècle devient doctrinaire (Michaux), pour : L'instinct sexuel sert aujourd'hui de principe moral (ou d'explication universelle);

Autre ex. : Un sentiment tricolore intense (Claudel) pour patriotique.

On peut inventorier quelques catégories de métonymies :

- La cause pour l'effet : D'une plume éloquente, pour un style éloquent; Une Diane de marbre pour une statue de marbre de Diane; Un Rembrandt pour un tableau de ce peintre; Sa bonne étoile pour sa destinée; Avoir des bontés pour qqn pour des actes de bonté envers qqn. Voir métalepse.

- L'instrument pour celui qui l'emploie : Le second violon pour le second violoniste.

- L'effet pour la cause : Boire la mort pour boire un breuvage empoisonné.

- Le contenant pour le contenu : Boire un verre, une bouteille.

- Le lieu pour la chose : La Maison blanche, le Quai d'Orsay etc. Voir antonomase.

- Le signe pour la chose : Le trône. le sceptre, la couronne pour le pouvoir royal; une veille barbe pour une personne âgée.

- Le physique pour le moral : Rodrigue, as-tu du coeur pour du courage; avoir peu de cervelle pour de l'intelligence.

- Le maître pour l'objet : les noms de localités par exemple : Saint-Denis, Saint-Michel etc.

- L'objet propre pour la personne : Deux perruques pour deux hommes portant des perruques.

Dupriez commente que les tropes principaux, métaphore, metonymie et synecdoque, enseignés et commentés depuis vingt-cinq siècles, ont peut-être constitué à l'origine un ensemble logique, mais il se définissent aujourd'hui plus en extension qu'en compréhension. Beaucoup voient la synecdoque comme une espèce de métonymie, mais on considère généralement que la relation entre le terme propre et le terme figuré est plus étroite dans le cas de la synecdoque que dans la métonymie. Fontanier parle de connexion, Genette de contiguïté, Morier d'inclusion. Il est possible que c'est dans le cas de la métaphore que l'écart entre propre et figuré s'élargit au maximum (rapport hétérogène des termes); ainsi la synecdoque serait-elle le trope minimal.

Pour Reboul, c'est un trope qui permet de désigner un objet par le nom d'un autre ayant avec lui un lien habituel. Son pouvoir argumentatif est avant tout celui de la dénomination, qui fait ressortir la chose qui intéresse l'orateur. Exemple de métonymie valorisante : Le trône et l'autel; ou dépréciative : Le sabre et le goupillon, pour la collusion entre l'armée et l'église; plus que les autres tropes, la métonymie est créatrice de symboles : La faucille et le marteau.

Autre déf. : Procédé qui consiste à nommer un objet au moyen d'un terme désignant un autre objet uni au premier par une relation logique ou simplement habituelle. La métonymie exprime l'effet par la cause, le contenu par le contenant, le tout par la partie (c'est plutôt la synecdoque) : Il vit de son travail pour il vit grâce au fruit de son travail; La ville, pour les habitants de la ville.


MOT-VALISE

Amalgamer deux mots sur la base d'une homophonie partielle, de sorte que chacun conserve de sa physionomie lexicale de quoi être encore reconnu.

Ex. : Se recroqueviller + s'emmitoufler = s'encroquemitoufler (Bécaud)

Syn. : Bloconyme.

Autres noms : Collage verbal, emboîtment lexical, amalgame, mot porte-manteau.

Antonymes : Etymologie, mot dévalisé.

Le but du procédé est souvent la syllepse de sens.

Certains mots-valises ont été lexicalisés : reddere + prendere = rendre; calfater + feutre = calfeutrer. Ou d'autres existent dans la nature, ainsi le croisement de la dinde et de la poule, la dindoule.

Le mot-valise est proche du mot forgé et du paragramme.


ONOMATOPEE

(onoma, nom et poiein, faire)

Mot formé par harmonie imitative, dont le son est imitatif de la chose.

Ex. : Le frou-frou d'une robe; un plouf dans l'eau; le tictac d'un réveil; le couac d'un canard.

Dupriez remarque que les onomatopées sont des mots au même titre que les autres, et non pas seulement des bruits, car il y a eu codification de la graphie, de la grammaire du mot (genre, classement) et du sens.

En bande dessinée, on utilise parfois la contre-onomatopée, qui consiste à prendre des mots lexicaux pour illustrer des bruits, e.g., gronde et craque, pour l'orage.


OXYMORE

Procédé qui consiste à rapprocher deux termes dont les significations paraissent se contredire.

Ex. : Un silence éloquent.

Dupriez range l'oxymore, ou oxymoron, ou antonymie parmi l'alliance de mots contradictoires. L'orgueilleuse faiblesse d'Agamemnon dans l'Iphigénie de Racine sont deux idées qui semblent incohérentes, mais qui dans la réalité s'allient avec précision. Ce qui distingue l'oxymore de la dissociation c'est que les qualités opposées appartiennent néanmoins au même objet. Les vocables s'opposent dans leur sens hors-contexte, le paradoxe reste latent et il n'y a pas díantilogie, car en réalité, les sens ne sont pas incompatibles. Le soleil noir de la mélancolie de Nerval est un astre figuré. Par ailleurs, il est tout naturel de s'élancer en avant derrière la musique (Joyce).

Reboul assimile l'oxymore au paradoxisme. Figure consistant à associer deux termes incompatibles, ou antinomiques : Cette obscure clarté qui tombe des étoiles (Corneille). Cette figure est rendue possible par la contradiction entre la doxa (opinion courante qui prévaut) et l'énonciateur qui la contredit, par métaphore. Sophocle qualifie Antigone de saintement criminelle : criminelle aux yeux du pouvoir (Créon) mais sainte et innocente pour les dieux et la conscience. On peut voir dans cette figure une dissociation condensée entre l'apparence et la réalité.


PARADOXE

(para, contre et doxa, opinion).

Opinion, affirmation allant contre l'opinion commune (doxa), les habitudes de pensée.

En philosophie, contradiction à laquelle aboutit le développement de certains raisonnements.

Ex. : Les crimes engendrent d'immenses bienfaits et les plus grandes vertus développent des conséquences funestes (Valéry).

Dupriez distingue d'une part les paradoxes qui apparaissent comme vrai : Les défauts de style de Molière ne sont pas seulement le revers ou la rançon de ses qualités, ils en sont la condition même. Il eût écrit moins bien, s'il avait mieux écrit (Brunetière); et d'autre part les faux paradoxes, qui n'emportent pas la conviction : Un borgne est bien plus incomplet qu'un aveugle. Il sait ce qui lui manque (Hugo).

Le paradoxe est une façon d'outrer la pensée, on cherche à créer des oppositions qui forceront le lecteur, en le provoquant, à réfléchir.

Une recette efficace pour réussir un paradoxe consiste à inverser un truisme, une évidence : Ce qu'il y a de plus profond dans l'homme, c'est la peau (Valéry).


PARAPHRASE

Sens péjoratif : Explication, commentaire diffus, verbeux, qui ne fait qu'allonger un texte sans l'enrichir. Dans cette dernière acception, la paraphrase se rapproche de la battologie, de la périssologie.

On place généralement la paraphrase dans une section à part, avec référence au texte; ou en bas de page, avec appel de note, ou entre parenthèses, entre crochets. Elle peut aussi faire partie du texte, avec un syntagme introducteur comme c'est-à-dire, autrement dit, en d'autres mots etc.


PARISOSE

Equilibre rythmique des deux membres d'une phrase (Reboul).

Ex. : Boire ou conduire, il faut choisir (4 + 4).

C'est une figure de rythme, une période composée de deux membres de même longueur. Il va de soi qu'une parisose est encore plus frappante si elle est composée d'une figure de son, comme l'assonance.


PARONOMASE

(para, à côté et onoma, nom).

Rapprochement de mots dont le son est à peu près semblable, mais dont le sens est différent.

Ex. : Tu parles, Charles.

Autre ex. : Lingères légères (Eluard).

Syn. Annomination.

Autre déf. : Figure qui consiste à rapprocher des mots dont le son est à peu près semblable, mais dont le sens est différent (Lexis) : Qui vivra verra; Qui se ressemble s'assemble.

La paronomase est facilement confondue avec l'isolexisme, qui rapproche des vocables qui appartiennent au même lexème : Je dis durement des vérités dures (Bernanos); C'est ainsi que l'on pénètre dans l'impénétrable (Hugo). Mais on acceptera toutefois comme paronomase une similitude étymologique : apprendre n'est pas comprendre.

Les paronymes (mots quasi-homonymes) fournissent naturellement les meilleures paronomases, mais non les seules valables, car l'extension d'une paronomase va jusqu'à sa frontière, assez floue, avec l'allitération : Un halo de haletante haleine (Joyce).

Certaines paronomases, involontaires, frisent la cacophonie, voire le paréchème : Cette parenthèse pourrait paraître par trop agressive.

La pensée contemporaine, la psychanalyse, la critique littéraire en usent abondamment : En train de former et de formuler l'idée du sujet... Ce qu'on croyait être coïncidence est coexistence (Merleau-Ponty).

La paronomase aboutit souvent au calembour : Les premiers livres sont les lèvres (Brisset).

Autre déf. : Figure de mots provoquée par la répétition d'une ou plusieurs syllabes : Traduttore, traditore, traduire c'est trahir.

Reboul classe la paronomase parmi les figures de son : l'allitération, jeu sur les phonèmes, l'humeur, l'honneur, l'horreur (Simon Leys), la grogne, la rogne et la hargne; la paronomase, sur les syllabes; le calembour, sur les homonymies et l'antanaclase, sur les polysémies, prenez votre coeur à coeur; la dérivation opère dans le même sens que l'antanaclase, associant un mot à un autre, de même racine : (les contestataires de 68 empêchent) les étudiants d'étudier, les enseignants d'enseigner et les travailleurs de travailler (de Gaulle, mai 68).


PATAQUES

Faute de liaison. La consonne qui apparaît n'est pas présente graphiquement ou, si elle est présente, il n'est pas d'usage de la faire entendre. L'emploi littéraire du pataquès est évocateur soit du manque de culture du locuteur, soit de parlers régionaux.

Ex. 1 : C'est sain-z-et sauf que le maire rejoignit ses employés (Queneau).

Ex. 2 : Le roi qui va-t-à Reims (Claudel).

Ex. 3 : Tu es-t-allé où aujourd'hui ?

Ex. 4 : Les quatre-z-enfants.

Syn. : Cuir, velours (désuet).

Sens élargi : Toute faute de langage très évidente, ou discours confus, inintelligible.

Le pataquès peut servir à contourner certains hiatus : Lorsque j'y ai zété (Vian).

La faute de liaison fréquente avec le h dit aspiré est une psilose : Des-z-Hollandais derrière des-z-haies et des-z-haricots.

L'origine du mot se situe probablement dans la forme je ne sais pas-t-à qui est-ce.

Voir aussi à kakemphaton et paréchème.


PEREGRINISME

Utilisation de certains éléments linguistiques empruntés à une langue étrangère. Il peut s'agir de sonorités, de graphies, de mélodies de phrase mais aussi de formes grammaticales, lexicales ou syntaxiques, voire même de significations ou de connotations.

Syn. : Étrangisme, interférence, xénisme (désigne une réalité propre à la culture étrangère à laquelle ce mot est emprunté, e.g., le pub anglais).

On distingue parmi les emprunts des anglicismes, des italianismes, des latinismes, des hébraïsmes, des germanismes.

Le sabir est le croisement de deux ou plusieurs langues, ou jargon : Le Québec court le risque to lose sa langue and to disappear as an authentic culture (cité par Dupriez, tiré d'un journal d'étudiants de Montréal).

Poussé à l'extrême, le procédé touche au baragouin, qui pourrait aussi être nommé hybridation : Delmeuplistrincq (Rabelais), pour donne-moi, s'il te plaît, à boire, phrase composée d'une forme espagnole, puis anglaise, puis allemande.


PERIODE

Phrase à mouvement circulaire, articulée et mesurée.

La période a une protase (première partie) et une apodose (deuxième partie), s'articulant autour d'un sommet, sorte de césure médiane. La période se développe en un schéma binaire ou parfois, ternaire. En effet, au centre de la période, un membre peut venir faire pendant à la protase : c'est l'antapodose. La dernière proposition est appelée clausule.

Ex. : La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite (protase, 13) est celle de ce fier et fougueux animal (antapodose, 13) qui partage avec lui les fatigues des guerres (apodose, 13) et la gloire des combats (clausule) (Buffon).

Bénac distingue trois types de périodes :

- la période carrée, à quatre membres;

- la période ronde, dont les membres sont unis étroitement et donnent une impression d'harmonie (parfois aux dépens de la pertinence du sens, d'où le sens péjoratif de l'expression arrondir ses périodes). La période ronde est souvent binaire, avec parallélisme des membres et même reprises, c'est la parisose. Dans ce type de phrase, les membres égaux sont des isolocons;

- la période croisée, dont les membres sont opposés deux à deux en antithèses.

La période représente l'idéal de l'écriture antique (atticisme) parce qu'elle constitue une victoire sur l'incohérence spontanée de la pensée et de l'expression.


PERIPHRASE

Au lieu d'un seul mot, on en met plusieurs qui forment le même sens.

Ex. : L'oiseau de Jupiter pour l'aigle.

Autres ex. : Le plancher des vaches pour la terre; Cétait l'heure tranquille où les lions vont boire (Hugo)

Fontanier distingue la pronomination (désigner un nom, une chose par un terme complexe et en plusieurs mots, e.g., l'aigle de Jupiter), la périphrase (exprimer une pensée ou une phrase de manière plus étendue, e.g., le vers de Hugo) et la paraphrase (développement explicatif et verbeux d'un texte, souvent considérée péjorativement), bien que la battologie et la périssologie remplissent déjà ce rôle).

La périphrase est utile lors d'un vide lexical : Aucun nom ne désigne le sentiment de marcher à l'ennemi, et pourtant il est aussi spécifique, aussi fort que le désir sexuel ou l'angoisse (Michaux). Affronter, ou confronter l'ennemi auraient peut-être convenu, mais la périphrase produit ici un effet de soulignement.

Une autre fonction de la périphrase est celle de la compensation, ou correction, que Lausberg ramène à l'anthorisme : Il faut vous oublier, ou plutôt vous haïr (Racine).

Lexis donne pour synonymes de périphrase la circonlocution et l'euphémisme. On pourrait ajouter qu'elle facilite la litote, de même que la métaphore.


PERSONNIFICATION

Faire d'un être inanimé ou d'une abstraction un personnage réel.

Ex. : L'Habitude venait me prendre dans ses bras et me portait jusque dans mon lit comme un petit enfant (Proust).

Syn. : Animisme.

Fontanier précise que cette figure a lieu par métonymie, métaphore et synecdoque. La personnification a en effet un thème (non-personne) et un phore (une personne), entre lesquels le lien sera analogique, logique ou de proximité. Si le thème est une personne, on aura une antonomase. Si le phore est multiple, on aura une allégorie.

La majuscule, qui est la marque des noms propres, peut jouer un rôle de soulignement : L'Idéal, c'est la Famille, c'est la Patrie, c'est l'Art (Queneau, Le chiendent).


PLEONASME

Surabondance de termes, donnant plus de force à l'expression.

Ex. : Je l'ai vu de mes yeux et je l'ai entendu de mes oreilles.

Emploi de mots inutiles, défaut qui tend à la battologie : La plus triste vieillesse m'accable de son poids pesant (Duval).

Périssologie : pléonasme vicieux.

Redondance : redoublement de l'idée dans deux phrases ou membres de phrase.

Tautologie : le prédicat ne dit rien de plus que le thème.

Pléonasme : redoublement de l'idée dans deux mots du même membre de phrase.

Pléonasme et redondance sont considérés comme des procédés de style, alors que la périssologie est un vice d'élocution, sauf si elle est employée dans des contextes précis, tels que l'humour, le persiflage, l'ironie, la ridiculisation : Il est descendu en bas puis monté en haut; Je l'avais prévu d'avance, sont plutôt des périssologies, alors que : Il ajouta quelques détails de plus est un pléonasme, qui est un mode de soulignement.


PREMUNITION

Précaution oratoire par laquelle on prépare ses auditeurs ou lecteurs à une annonce qui pourrait les choquer, ou les blesser.

Ex. : Ô vous, lecteurs curieux de la grande histoire... écoutez-en l'horrible tragédie et vous abstenez de frémir si vous pouvez (Rousseau, Confessions).

Analogue et par extension : Avertissement. Figure proche : Apostrophe.


PRETERITION

(lat. praeteriotio, omission)

Moyen paradoxal : Feindre de ne pas vouloir dire ce que néanmoins on dit clairement et souvent même avec force (Dupriez).

Autre déf. : On affirme ne pas vouloir parler d'une chose dont on parle pourtant par ce moyen (Lexis).

Ex. : Je ne voudrais pas avoir l'air de faire de la publicité, mais il faut bien dire que la Renault est la meilleure des voitures les moins chères.

Syn. : Prétermission, paralipse, feinte.

Dupriez classe parmi les demi-prétéritions des formules telles que : Je n'ai pas à vous rappeler que. Inutile de vous dire que.ou : M. Dupont, pour ne pas le nommer.qui sont des formes d'atténuation pouvant déclarer uneuphémisme : La morgue est un endroit peu engageant, pour ne pas dire lugubre, surtout la nuit (Joyce).

Un autre type de prétérition consiste à feindre de ne pas vouloir faire ce que l'on fait néanmoins : Ce n'est pas pour vous décourager mais.

Pour Reboul, la prérérition est une figure d'énonciation, très proche de l'éposiopèse, consistant à dire qu'on ne parlera pas d'une chose afin de mieux attirer l'attention sur elle : Et je ne dirai rien de mon inépuisable générosité. Il cite le TA, pour lequel la prétérition est "le sacrifice imaginaire d'un argument".


PROLEPSE

Prévenir, réfuter une objection ou une critique en les faisant à soi-même et en les détruisant d'avance.

La prolepse est souvent amenée par des expressions telles que : on dira que. on objectera que. vous me direz que..me direz-vous. etc.

Analogue : Anticipation.

Dupriez précise qu'il y a deux parties dans la prolepse : dans la première, on fait parler l'adversaire, en insérant par exemple un direz-vous dans l'énoncé de l'objection, c'est la prolepse proprement dite. Dans la seconde partie, on réfute, c'est l'upobole.

Reboul classe la prolepse parmi les figures d'argument, elle devance l'argument (réel ou fictif) de l'adversaire pour le retourner contre lui : On nous dira que.


REDONDANCE

(lat. redundantia, surabondance d'humeur).

Redoublement expressif de l'idée par deux phrases proches.

Ex. : Ce qu'il faut à tout prix, qui règne et qui demeure / Ce n'est pas la méchanceté, c'est la bonté (Verlaine).

Syn. : Réduplication, redoublement.

L'acception générale, y compris pour les anciens, est cependant péjorative, la redondance étant considérée comme un vice ou un défaut : abondance superflue de mots, excès d'ornements dans un texte, dans un discours.

Péj. : Superfluité, verbiage, baroquisme, battologie, périssologie, pléonasme vicieux, grandiloquence.

S'il y a redondance dans les mêmes termes, c'est une homéologie; s'ils sont différents, c'est une macrologie.


SOLECISME
(soloikismos, de Soles, ville de Cilicie où les colons athéniens parlaient un grec incorrect).

Emploi fautif dans un certain contexte de formes linguistiques par ailleurs existantes.

Exemples : Je suis été au cinéma hier soir. Je ne me rappelle de rien. Je veux qu'il vient.

Autres noms : Agrammaticalité, antiptose (figure de grammaire pour une autre), syllepse grammaticale. Le barbarisme toutefois est une faute absolue.


SOPHISME

(sophia, sagesse).

Raisonnement logique en apparence, mais faux en réalité, conçu ou non avec l'intention d'induire en erreur.

Ex. : Grâce à Pasteur, il y a plus de petits vieux malheureux et de petites vieilles malheureuses sur la terre qu'il n'y en aurait (Ducharme, le Nez qui voque).

Analogues : Paralogisme, argument spécieux, raisonnement captieux. Le sophisme peut aller jusqu'à l'antilogie.

Le sophisme est un paralogisme de mauvaise foi, par lequel on a l'intention de tromper. Le sens péjoratif du terme est dû à Socrate, qui dénonce l'hypocrisie des sages, ou sophistes. Le vrai sage sait que la sagesse, comme la vérité, est un idéal qu'il faut chercher sans cesse, il est donc ami de la sagesse (philo-sophe).

Reboul définit le sophisme comme raisonnement apparent, mais qui n'est qu'abusif, faute de respecter les règles de la logique. Il peut apparaître déplié sous forme de syllogisme :

Ex. 1 : Hitler était pour l'euthanasie; vous aussi; donc vous êtes hitlérien. (A=B, C=B, d'où C=A)

Ex. 2 : Boire apaise la soif; le sel fait boire; donc le sel apaise la soif. (A=B, C=A, d'où C=B)

Ex. 3 : Tout ce qui est rare est cher; or un bon cheval bon marché est rare; donc un bon cheval bon marché est cher. (A=B, C=A, d'où C=B)

Ex. 4 : Une ligne est une droite; une courbe est une ligne; donc une une courbe est une droite (A=B, C=A, d'où C=B)

Les exemples 2, 3 et 4 sont des syllogismes valides (A=B, C=A, d'où C=B), mais leurs conclusions sont absurdes parce que leurs prémisses (majeure) sont fausses.


SUBSTITUTION

Substituer, remplacer certains mots par d'autres (inverses ou inattendus) dans une formule, un syntagme figé, un proverbe, un cliché, une citation, une idée reçue etc.

Ex. 1 : Mes efforts ont déjà porté des légumes (Ducharme, l'Océantume).

Ex. 2 : Quand la raison n'est pas là, les souris dansent (Eluard).

Analogue : Paraplasme.

Tardieu s'est exercé : Quoi, vous ici cher comte ? Quelle bonne tulipe ! Vous venez renflouer votre chère pitance ? Mais comment donc êtes-vous bardé ? Le procédé repose sur la substitution d'un mot pour un autre, en s'appuyant sur une isotopie attendue. Cependant, si le sens est toujours sous-jacent avec le mot tulipe, il devient toutefois plus difficile à cerner dans la suite, ou du moins se prête-t-il à plusieurs interprétations.

La substitution peut rafraîchir des clichés, des citations. Autour de la formule célèbre de Breton : La beauté sera convulsive ou ne sera pas, il a été créé : La poésie française sera métrique ou ne sera pas (Souriau), puis : Le vingt-et-unième siècle sera spirituel ou ne sera pas (Malraux).

Valéry qualifie le procédé par une autre formule : Descendre un perroquet, c'est-à-dire provoquer la reprise d'une phrase ou d'une expression célèbre en la pliant à un sens nouveau : Je distingue. c'est le propre de moi, pour rire est le propre de l'homme.

Desnos a donné pour titre à l'un de ses recueils Deuil pour Deuil, d'après la formule oeil pour oeil et dent pour dent.

Il existe aussi le paragramme, qui est la substitution graphique de lettres.


SYLLEPSE DE SENS

(sullêpsis, compréhension, laisser ensemble)

Figure par laquelle un mot est employé à la fois au sens propre et au sens figuré.

La syllepse de sens est fréquente dans le jeu de mots : Nos petites cuillères n'ayant rien à voir avec des médicaments, nous prions notre aimable clientèle de ne pas les prendre après les repas. (Jean-Charles)

Le procédé est utilisé pour les définitions de mots-croisés par exemple, ou dans les devinettes : Quel est le comble de l'habileté pour un plongeur sur un paquebot ? - Essuyer une tempête.


SYLLOGISME

Argument, raisonnement qui comprend trois propositions : la majeure, la mineure et la conclusion. La conclusion est déduite de la majeure par l'intermédiaire de la mineure selon la formule suivante : A=B, C=A, d'où C=B.

Ex. 1 : Les vêtements chauds sont faits pour être mis quand il fait froid (majeure); or il fait froid (mineure); donc il faut mettre des vêtements chauds (conclusion).

Ex. 2 : Tous les hommes sont mortels; Socrate est un homme; donc Socrate est mortel. Ce syllogisme est détourné par Ionesco : Les chats sont mortels; Socrate est mortel; donc Socrate est un chat.

Reboul distingue le syllogisme démonstratif, qui part de prémisses évidents et qui prouvent leur conclusion en l'expliquant de manière indubitable; puis le syllogisme dialectique, qui part de prémisses simplement probables, les endoxa (ce qui paraît vrai à la majorité). L'endoxon s'oppose au paradoxon, qui contredit l'opinion admise.

Reboul définit l'enthymème comme un syllogisme rigoureux et abrégé, qui repose sur des prémisses seulement probables (endoxa) et qui peuvent rester implicites : Il est faillible puisqu'il est homme. Dupriez voit dans l'enthymème un type de raisonnement qui semble n'avoir qu'un argument (prémisses et conclusion sont sous-entendus) : Nicolouchka ne doit pas sortir aujourd'hui, il fait trop froid (Dostoïevski). L'enthymème est fréquent en philosophie : Je pense donc je suis, et en littérature : L'amour ne dure pas, donc je te recommence (P. Perrault).

Le syllogisme est un moyen commode de convoyer un sophisme : Vous n'êtes pas ce que je suis; je suis homme; donc vous n'êtes pas un homme.


SYMBOLE

(lat. symbolus, grec sumbolon, signe, marque).

Dupriez fait une distinction entre trois types de réalisation de symboles :

1. Un texte, auquel son auteur attribue un sens dans le cadre d'une isotopie (thème, sujet) plus générale. Il s'établit alors deux niveaux d'isotopie, l'un évident, l'autre symbolique; l'un à la dimension du mot (ou de la phrase), l'autre à la dimension de la phrase (ou du texte).

2. Un geste ou un objet auxquels la tradition culturelle attribue un sens particulier dans le cadre d'une isotopie plus générale. Ex. : le salut militaire, l'échange des anneaux dans le mariage, le "signe de la croix", le langage des fleurs, la symbolique des nombres etc. Dans ce type de symbole, le passage d'un terme à l'autre s'effectue par analogie, mais aussi par métonymie ou synecdoque, ou en vertu d'une pure convention : la tourterelle, pour la fidélité en amour; la colombe, pour la paix. Si l'objet représente un ensemble de valeurs, on parle d'emblème; s'il indique une appartenance un groupe, un institution, on parle d'insigne.

3. Un signe graphique, auquel les spécialistes attribuent un sens dans l'isotopie (univers de discours) de leur science ou de leur technique particulière. Ex. : les signes du zodiaque, le code de la route, les légendes des cartes etc. Lorsque le signe graphique reproduit plus ou moins la forme du signifié, on a un dessin, une icône, et non un symbole. Quand la forme du signifié n'est plus clairement perçue, on aura alors un symbole.


SYNCOPE

(sugkopé, de sugkoptein, briser).

Retranchement d'une lettre ou d'une syllabe au milieu d'un mot.

Procédé fréquent pour rendre la langue parlée : M'sieur, M'dame, M'man, P'pa, B'soir etc.

Voir à métaplasme.


SYNECDOQUE

(lat. synecdoche, grec sunekdokhê, compréhension simultanée).

Trope qui permet de désigner quelque chose par un terme dont le sens inclut celui du terme propre ou est inclu par lui : une voile ou une poupe pour un navire, l'airain pour les canons. Ce type de synecdoque est une sorte de gros plan sur un détail.

Ex. 1 : Il regarde (.) grimper sur la côte les guêtres du voyageur (Lautréamont).

Ex. 2 : Un arbre par dessus le toit / berce sa palme (Verlaine).

Autre déf. : Procédé qui consiste à prendre la partie pour le tout : Payer 30 francs par tête, pour par personne; le tout pour la partie : Acheter un vison pour un manteau en peau de vison; le genre pour l'espèce, l'espèce pour le genre (Lexis).

La synecdoque introduit une distance. On peut en énumérer différentes sortes :

- La partie pour le tout : J'ignore le destin d'une tête si chère (Racine); Les épis pour les blés; Quinze printemps pour quinze ans; La Providence pour Dieu.

- La matière pour l'être ou l'objet : Etre mis aux fers pour être mis en prison; Vous êtes le sang d'Atrée pour son fils.

- Le singulier pour le pluriel (ou l'inverse) : L'ennemi pour les ennemis; L'enfant aime le sucre pour les enfants; Il fut loin d'imiter la grandeur des Colbert (Voltaire) pour de Colbert (pluriel emphatique).

- Le genre pour l'espèce : L'arbre tient bon, le roseau plie (La Fontaine) pour le chêne;

- L'espèce pour le genre : Refuser du pain pour la nourriture.

- L'abstrait pour le concret : Celle dont la fureur poursuivit votre enfance (Racine); Le fer ne connaîtra ni le sexe ni l'âge pour n'épargnera ni femmes ni vieillards.

- Le nom commun pour le nom propre (ou inversement), ou un nom propre pour un nom propre : il s'agit alors d'une antonomase.

Selon Reboul la synecdoque est une figure consistant à désigner une chose par une autre ayant avec elle un rapport de nécessité : le genre pour l'espèce (ou l'inverse) cent mortels, la partie pour le tout (ou l'inverse) cent têtes. Pour hommes, on dira mortels (genre), ou têtes (partie). Elle est la figure qui condense un exemple, elle est très courante en pédagogie : le triangle pour tous les triangles, le sonnet pour tous les sonnets, le verbe pour tous les verbes. Elle sert aussi à la propagande: le parti des travailleurs, synecdoque de la partie; en fait, rien ne prouve que le parti en question représente tous les travailleurs.


SYNERESE

(sunairesis, rapprochement).

Contraction de deux voyelles contiguës en une seule, formant une syllabe longue, e.g., le mot oui est prononcé [wi] plutôt que [u-i]. C'est une variété de la contraction.

La synalèphe est l'élision de la voyelle de l'article défini ou d'autres déterminants en français, devant une voyelle ou un h muet : l'article, l'hôte, c'est.

La synérèse est le contraire de la diérèse. Voir à métaplasme.


TAUTOLOGIE

Vice logique consistant à présenter comme ayant un sens une proposition dont le prédicat ne dit rien de plus que le thème (Robert).

Autre déf. : Négligence de style qui consiste à présenter comme des idées différentes ce qui, en réalité, est la même idée sous plusieurs formes (Lexis). Antonyme : Antilogie.

La tautologie se retrouve souvent dans une répétition de mots qui s'auto-désignent (autonymie) : La vie c'est la vie; Il faut appeler un chat un chat; On est comme on est;

Elle est présente dans des formules consacrées : Vente faite et consommée.

Elle est souvent accompagnée d'une diaphore : La terre au goût de femme faite femme (Saint-John Perse).

La tautologie peut exprimer le soulignement et l'augmentation. L'addition de sèmes supplémentaires est alors rendue par le ton ou le graphie : Lorsqu'il s'énerve, il s'énerve. Trois millions, c'est un chiffre !

Au contraire, sous la forme d'un truisme, elle exprime une atténuation, une litote : Le passé est le passé et le présent est le présent laisse entendre que les manières d'autrefois ne sont plus valables aujourd'hui et que c'est regrettable. Dans cet exemple, il s'agit en fait d'une pseudo-tautologie.

Reboul définit comme une tautologie apparente (ou pseudo-tautologie) un argument consistant à répéter un mot avec deux sens un peu différents, tout comme s'ils ne l'étaient pas : Une femme est une femme; Les affaires sont les affaires. L'attribut n'a en effet pas tout à fait le même sens que le sujet : une femme (un être féminin) est une femme (un être faible, trompeur etc.).

Formes proches : Périssologie, pléonasme, redondance, battologie.


TELESCOPAGE

Condenser en une seule deux phrases ayant un syntagme identique.

Ex. : Soldats de Fontenoy, vous n'êtes pas tombés dans l'oreille d'un sourd (Prévert). Il s'agit d'une sorte de "phrase-valise" pour dire : Vous soldats qui êtes tombés sur le champ de bataille, votre mort ne sera pas inutile (= elle n'est pas "tombée dans l'oreille d'un sourd").

Le télescopage peut créer des dissociations : La pendule sonne deux coups de couteaux (Eluard).


VERBIAGE

(moyen français, verbier, gazouiller).

Abondance de paroles, qui disent peu de chose.

Ionesco en fournit un exemple dans la Cantatrice chauve :

Mr Smith : - Le coeur n'a pas d'âge. (Silence)
Mr Martin : - C'est vrai. (Silence)
Mr Smith : - On le dit. (Silence)
Mr Martin : - On dit aussi le contraire. (Silence)
Mr Smith : - La vérité est entre les deux. (Silence)
Mr Martin : - C'est juste. (Silence)

Syn. : Bavardage.

Analogues : Discours creux, verbosité, verbomanie, verbalisme, garrulité, diffluence (texte diffus, sans vigueur).

Dupriez préfère distinguer le verbiage de la verbigération, en ce sens qu'il est plus difficile de produire un texte qui n'a pas de signification - comme c'est le cas pour la verbigération, que de parler pour ne rien dire, ou produire un texte qui ne signifie rien de précis. Ce qui caractérise le verbiage, c'est l'absence de denotatum (objet réel visé), ce qui cantonne les propos dans l'indétermination.

Le verbiage n'est pas éloigné de la battologie et de la redondance.

Il y des formes qu'on peut qualifier de demi-verbiage : la prolixité, la loquacité, le bagou, la faconde, la volubilité.


ZEUGME

(zeugma, joug, lien).

Procédé qui consiste à rattacher grammaticalement deux ou plusieurs noms à un adjectif ou à un verbe qui, logiquement, ne se rapporte qu'à l'un des noms.

Ex. : En achevant ces mots, Damoclès tira de sa poitrine un soupir et de sa redingote une enveloppe jaune et salie (Gide).

Reboul définit le zeugme comme une figure de construction unissant deux termes sous un troisième, que cette union rend étrange. Ainsi Hugo soulignant la bravoure des soldats de l'an deux : L'âme sans épouvante, et les pieds sans souliers !

Autre ex. : La dame était rentrée en larmes et en taxi.

Pour Dupriez, le zeugme est une figure de syntaxe qui consiste à réunir plusieurs membres de phrases au moyen d'un élément qu'ils ont en commun et qu'on ne répétera pas. Le zeugme comprend l'adjonction et la disjonction.

On peut distinguer un zeugme simple et un zeugme composé :

Ex. 1 : La gare était pleine de gens, la rue de voitures, la ville de rumeur. Le mot sous-entendu [pleine] est celui qui a été exprimé.

Ex. 2 : La tête est tiède, les mains froides, les jambes glacées (Giraudoux). Dans ce cas, le mot sous-entendu [sont] n'est pas conforme au terme exprimé [est].

Le zeugme est une forme de brachylogie, ou d'ellipse.

Certains zeugmes entraînent une anacoluthe : J'ai l'estomac fragile et horreur du graillon (Romains).

Ils peuvent aussi réveiller des expressions stéréotypées : Tambour et gifles battantes.

Autre ex. : A défaut de sonnette, ils tirent la langue (Valéry).

Le zeugme réunit parfois un terme abstrait et un terme concret. Il est ainsi nommé zeugme sémantique ou encore attelage : Vêtu de probité candide et de lin blanc (Hugo).

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Tableau général

©2003-09 - LVDV
Denis C. Meyer

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