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LVDV - Courrier des Lecteurs

Nous avons reçu cette lettre d’un lecteur qui souhaite exercer son droit de réponse à une communication précédente (cf. Lettre No, 6) :

Monsieur,

Je suis un lecteur récent de votre revue, que j'avoue n'avoir découverte que la semaine dernière. J'étais d'ailleurs surpris d'apprendre qu'une telle revue existât et qu'elle eût échappé jusqu'ici à la vigilance de notre équipe de recherche. Je suis en effet président de la Convention pour la Restauration de l'Idiome National (CRIN) qui se donne pour tâche, comme son nom l'indique, de redonner une position légitime à la langue française parmi le concert des vernaculaires des nations.

Cette tâche, vous voudrez bien le croire, est ardue et ingrate, mais elle est impérative car, je le dirai fort directement, la dominance actuelle du germain moderne (je parle ici bien évidemment de l'anglais), est tout simplement et proprement intolérable. Il s'agit de culture, d'histoire, bien entendu, mais aussi d'un privilège indû conféré à une langue dont la seule mathématique a été de s'agréger à une expansion coloniale européenne regrettable dont nous déplorons aujourd'hui tous les méfaits.

Je ferai ici l'économie d'une exposition de tous les moyens argumentaires dont dispose la Convention pour étayer le champ de sa mission, mais laissez-moi dire en un mot à quoi se résume notre action : afin de reconquérir la place que devrait occuper en toute légitimité la langue française, il nous faut combattre les ennemis sur leur propre terrain. Rien ne sert en effet de se lamenter sur le déclin de notre langue dans le monde comme le font régulièrement nos ministres mal conseillés par des associations de défense ou de protection de l'idiome national. Les grands stratèges des conflits nous l'ont dit : le meilleur moyen de défense est l'attaque, et c'est précisément ce que nous entendons faire prévaloir.

Pour ne citer qu'un exemple, nous envisageons une mesure radicale que nous présentons actuellement dans certaines commissions sénatoriales : cette réforme préconise la suppression de toutes formes de désinences verbales, qu'elles soient de personne, de temps ou de mode. En somme, des phrases telles que : "Hier, ils manger chez leur tante qu’ils ne pas voir depuis longtemps", ou "Demain, il partir visiter le Québec, il prendre l’avion à cinq heures" devraient selon nous être jugées correctes et d'usage. Nous envisageons d'ailleurs des réformes similaires en ce qui concerne les contraintes d'accord pour les adjectifs et les formes participiales.

Nous le concédons, ces mesures sont de celles qui ne manqueront pas de choquer plus d'un. Pourtant, nous ne sommes ni révolutionnaires, ni nihilistes et, croyez-le, nous restons profondément attachés à la grandeur de la langue française. Nous voulons avant tout injecter une dose de pragmatisme salutaire dans ce grand corps vernaculaire menacé de sclérose et d'hypocondrie. Nous en sommes intimement persuadés : la simplification de notre langue est l'unique stratégie crédible pour regagner le nombre critique de locuteurs qui seul pourra rétablir la prédominance du français.

Permettez-moi de vous dire pour finir que la lecture de la lettre de M. Franchard n'a fait que raffermir mes convictions à cet égard. Malgré tout le respect qu'une longue carrière de professeur des collèges peut inspirer, l'insistance de M. Franchard à vouloir maintenir des formes désuètes et rares pour le seul plaisir de les savoir me paraît fort pathétique. Ce monsieur a-t-il parfois songé à ces générations de jeunes gens qu'une telle muséologie quasi-maniaque a rendus nauséeux et à jamais retors aux subtilités malingres de la langue nationale ?

Jean-Vincent VIAZ

Président,

Convention pour la Restauration de l'Idiome National (CRIN)

Paris

 

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