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- Volume 34 -

 

VERBES DE COLLECTION

Il existe des verbes oubliés, inusités, poussiéreux, que l’on retrouve un jour et dont les couleurs passées, les formes chinoises nous émeuvent. On les fourbit alors un peu, les place sous une coupole de verre ou dans un cabinet, au grand plaisir du visiteur. 

 

ÉPOUTIR : enlever des éléments étrangers d'un tissu, d'un textile.

Ce verbe, tombé en désuétude, a sans doute évité de longues périphrases parmi les tisserands, les ouvrières des filatures, dont l’œil professionnel devait repérer les impuretés qui se plaçaient sur les tissus, et qui auraient pu, non détectées, ruiner une vente. Une variante du verbe est époutier, sans doute par assimilation phonétique régionale. Il existe des verbes équivalents, comme épincer (ou épinceter) dont le sens est clair. D’un usage plus fréquent, le verbe énouer exprime l’action de retirer des nœuds, des fils retors ou trop longs de la trame du tissu.

L’origine d’époutir est obscure, le préfixe es- dénote naturellement l’extraction mais quant au radical, on ne peut que conjecturer. Une théorie rapproche l'étymon de l’ancien français « poutie », qui signifiait un déchet (CNRTL). Nous suggérons pour notre part un lien possible avec pulvus, ou pulvera (poudre), qui a donné poussière, et ce dernier le dénominatif épousseter.

On pourrait évidemment se contenter d’observer ce verbe, posé sous sa cloche de verre, mais il est tentant de le voir remotivé d’un sens tropologique ; qu’on imagine par exemple la une d’un journal qui ferait commerce de la profération d’ignominies xénophobes :

- Il est grand temps d'époutir le tissu social de toutes ses scories.

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PATAFIOLER : maudire.

En dépit de son aspect baroque et anecdotique, ce verbe appartient essentiellement au paradigme religieux. Il s’agit d’un dieu qui maudit, ou confond, ceux qui lui manquent de respect.  Claude Farrère l’utilise en ce sens : « Allah patafiole les infidèles ! » (L’Homme qui assassina, 1907, cit. CNTRL).

Frédéric Soulié (1800-1847), un contemporain de Balzac mais dont la fortune littéraire n’a guère survécu à sa mort, fait également usage de ce verbe, tout en soulignant son mystère : « Adieu, dit M. de Maillebois, et  que le bon dieu vous patafiole ! - Patafiole ! répond M. de Vaugelas, abasourdi du souhait et du mot. Patafiole ! répéta-t-il, sans trouver rien à répondre, tant l’expression était exorbitante. » (La Nièce de Vaugelas, 1840, cit. Littré).

Ce verbe n’a pas non plus échappé à la sagacité de Colette, qui l’utilise de manière antiphrastique toutefois : « Que le bon Dieu la patafiole ! » (Claudine à l’école, 1900, cit. CNTRL).

L’origine de patafioler est floue. On suppose qu’il est formé avec pata, d’où découle le mot patte par exemple, et qui par dérivation sémantique forme des mots qui connotent l’idée de frapper avec la main, ou de manipulation, ou d’une chute (patatras !). Quant à fioler, il n’est pas sûr qu’il ait un rapport avec son sens usuel (boire de façon immodérée). En tout état de cause, la concaténation de ces deux éléments n’offre rien de très inspirant. Qu’importe, et que l’étymologie aille se faire patafioler.

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VERDUNISER : traiter l'eau au chlore pour la rendre potable.

A première vue, il pourrait s’agir d’un verbe qui évoque la reconstitution d’une longue et pénible bataille de la Grande Guerre, et par extension peut-être, réitérer ailleurs qu’en Lorraine la bêtise des responsables de la guerre. Comme le dit avec justesse Paul Valéry : « Les guerres, ce sont des hommes qui s’entre-tuent parce que d’autres gens qui se connaissent très bien ne parviennent pas à se mettre d’accord ».

Or, si ce verbe est bien en rapport avec Verdun, ce n’est pas d’un navrant gâchis de vies humaines dont il s’agit, mais de la façon dont il fallait désaltérer ces jeunes soldats traqués dans leurs tranchées, terrorisés par les pluies d'obus et suffoquant dans les fumigations chimiques : le champagne et le petit blanc d’Alsace n'auraient pu suffire, il fallait trouver un moyen d’épurer l’eau croupissante des ruisseaux. La javellisation était ainsi née, et qui d’ailleurs n'allait plus quitter le siècle et les zones urbaines, après le retour de la paix.

Voilà donc la façon dont la langue procède, on annomine une invention de temps de guerre et le tour est joué : l’eau du robinet n’est au fond qu’une eau verdunisée - à la santé des héros !

 

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