PRIER
Ce verbe recèle des parfums d’ambre, de myrrhe, d’oliban, de pin. Son bois est poli comme un pétale de rose. Sous son écorce, il renferme un secret. Celui ou celle qui prie le fait depuis une île, une isolation, et son murmure de prière bruisse jusqu’aux dieux invoqués, qui répondront peut-être, ou ne répondront pas, le plus souvent. Prier est un demi-silence, un monologue, une voix tenue à l’écart d’une réponse.
Prier c’est s’adresser, c’est demander une grâce, avec insistance, humilité, déférence. On prie parce qu’il faut adjurer, conjurer, implorer, requérir, solliciter, supplier. Prier c’est invoquer les dieux, les convoquer jusqu'à soi.
Les racines de prier pénètrent loin dans le terreau de la parole. A l’origine, le germe indoeuropéen « prek » (demander), puis le latin prex, ainsi poscere (réclamer, postuler) et precare (supplier).
Mais on voudrait distinguer plus. De la même façon que prieur (un supérieur écclésiastique) est associé à des formes latines dérivées du radical « pri » (prius, prior), dont la valeur exprime une notion telle que « en avant », prier s'apparenterait alors à un mouvement du corps : se pencher en avant, s’incliner, peut-être même offrir.
C’est pourquoi il faudrait voir dans prier un salut rendu à la beauté des dieux, à leur puissance, leur gentillesse. Un brahmane panthéiste rencontré par Emile Guimet à Madras en donnait selon nous cette définition exacte :
« Prier est un hommage rendu aux dieux et ne peut en rien changer l’ordre des choses ».