Savez-vous ce que c'est que pishtaquer ? La bonne Marquise aurait été encore moins embarrassée qu’elle ne l’a été pour faner : il lui aurait suffi de recopier l’article publié par Chrystelle Barbier dans Le Monde, daté des 22 et 23 novembre 2009 :
« Le principal détenu [dans une prison péruvienne, il était mis en cause pour le meurtre d’un jeune homme de 27 ans], 56 ans, assure qu’il “pishtaquait”, c’est-à-dire tuer pour prélever de la graisse humaine, depuis l’âge de 20 ans. Le trafic de graisse humaine (15000$ le litre) alimente des réseaux européens, pour des laboratoires. Le verbe est formé sur le nom pishtaco, nom issu du quechua pishtay, “lacére”, désignant un monstre légendaire, qui assassine en les égorgeant ses victimes, souvent des voyageurs isolés. »
Pour satisfaire complètement la curiosité de la Marquise, la journaliste aurait sans doute dû préciser que l’emprunt s’est fait, selon toute vraisemblance, non certes directement sur le mot quechua, ni même immédiatement sur le nom pishtaco, mais sur le verbe pishtacar, lui aussi néologique, mais en espagnol.
A-t-il une chance quelconque de perdre son statut actuel d’hapax, ce verbe pishtaquer ? C’est peu vraisemblable, pour de très heureuses raisons référentielles : le pishtaquage semble ne pas être amené à se répandre en France ni dans aucun pays francophone. Il semble d’ailleurs que même au Pérou il soit peu pratiqué : les pishtacos existent bien, certes, dans la tradition populaire péruvienne. Mais les accusations de meurtres perpétrés pour prélever et vendre la graisse humaine semblent bien avoir été montées de toute pièce par la police péruvienne pour jeter un voile sur certaines des menues irrégularités auxquelles elle se laisse aller…
Michel Arrivé
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