Le
naturalisme prolonge, en l’exacerbant, le réalisme littéraire. Sous l’impulsion des frères Goncourt et d’Emile
Zola, le naturalisme se développe en théorie littéraire
: "Toute l’opération consiste à prendre les faits
dans la nature, puis à étudier le mécanisme des
faits en agissant sur eux par les modifications des circonstances et
des milieux" (Zola, Le Roman expérimental). Le roman
devient donc, plus que le produit d’une expression artistique individuelle,
le lieu d’une expérience scientifique.
Zola
n’est pas l’inventeur du mot "naturalisme", même s’il
en est le théoricien. Baudelaire et Flaubert avait déjà utilisé ce terme à propos de Balzac.
Zola n’est pas non plus un naturaliste "spontané",
car ses débuts littéraires ont été très
influencés par un grand romantique, Alfred de Musset, et jusqu’en
1866, ses productions étaient chargées d’un lyrisme classique.
En 1867, Thérèse
Raquin annonce un nouveau style. S’inspirant des analyses quasi-médicales
des Goncourt et des théories de Taine sur l’influence du milieu,
Zola se pose en biologiste pour étudier un couple d’ouvriers
comme on étudie des animaux dominés par leurs pulsions
essentielles.
Cette première
expérience ouvre la voie en 1868 à un plus vaste projet, Les Rougon-Macquart, qui comprendra finalement vingt volumes
jusqu’en 1893. Ce projet littéraire, "l’histoire naturelle
et sociale d’une famille sous le Second Empire" [1852-1871], doit
servir d’illustration au "roman expérimental", par
lequel l’oeuvre littéraire est un "procès verbal" des effets que les passions humaines produisent sur les milieux et les
circonstances. La Comédie Humaine de Balzac est naturellement
un modèle pour Les Rougon-Macquart, mais Zola, qui se
concentre sur une seule famille, a l’intention d’être plus précis
et détaillé.
Même si le cycle
des Rougon-Macquart porte les marques du temps où Zola
écrit (la crise économique de 1880 dans L’Argent et
la Terre, les conflits sociaux sous la Troisième République
dans Germinal), Zola voit dans les vingt années du Second
Empire (du coup d’Etat de Napoléon III en 1852 à la guerre
franco-allemande de 1870 et l’insurrection populaire de la Commune de
1871) la métaphore d’un mouvement historique général,
qui débute avec le triomphe de la bourgeoisie et du capital,
entraînant l’écrasement de la classe prolétarienne
(L’Assommoir) mais qui sera nécessairement suivi d’une
révolte (Germinal) annonçant l’avènement
prochain d’une société sans classe et plus juste.
Zola a été
fortement critiqué par les forces conservatrices et bourgeoises
pour son apologie des "basses classes". En même temps,
Zola a aussi subi les attaques du camp progressiste, qui lui reprochait
son déterminisme social et sa vision fataliste de la condition
ouvrière.
Au-delà de son
oeuvre littéraire, Emile Zola a pris part à des causes
sociales réelles, à travers un militantisme actif en faveur
des ouvriers exploités par le capitalisme montant et les classes
au pouvoir. Son action a atteint un paroxysme avec l’affaire Dreyfus,
un officier juif accusé de trahison et dont Zola a plaidé
la cause dans son célèbre article J’accuse,
paru dans le journal l’Aurore du 13 janvier 1898. Cet article pour
la défense de la vérité et de la justice lui a
également valu une condamnation qui l’a forcé à
se réfugier en Angleterre jusqu’en 1900. Il meurt à Paris
en 1902, par asphyxie, dans des circonstances qui restent encore mystérieuses.