La
vie de Paul Verlaine est une histoire en elle-même, l’histoire
triste, parfois lamentable du Pauvre Lélian, anagramme dérisoire
de son propre nom. C’est pourquoi Verlaine s’est souvent raconté
(Mémoires d’un veuf, 1893; Mes hôpitaux,
1891; Mes prisons, 1893; Confessions, 1896). Musicien
de la poésie, Verlaine se situe dans une lignée de poètes
désenchantés et rebelles (Les Poètes maudits,
1884), où il fait figurer des prédécesseurs et
des contemporains : Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859), Charles
Baudelaire (1821-1867), Tristan
Corbière (1845-1875), Arthur
Rimbaud (1854-1891), Villiers de
l’Isle-Adam (1838-1889). L’un des poèmes les plus célèbres
de Verlaine, Art poétique (1884), a été
considéré comme le manifeste de la littérature
symboliste, même si son auteur nie avoir aucun rapport avec ce
mouvement littéraire.
Après
des études secondaires médiocres, Verlaine trouve un emploi
à la mairie de Paris, tandis qu’il fréquente le soir les
réunions des poètes du Parnasse; il a déjà,
à cette époque, une réputation d’ivrogne et de
dépravé. La mort de son père en 1865, puis de sa
cousine en 1867, l’affectent beaucoup. En 1869, il provoque un scandale
en battant sa mère, montrant ainsi son tempérament violent,
exacerbé par l’alcool. Il épouse en 1870 une jeune fille
de 16 ans, qu’il quitte presqu’aussitôt pour vivre avec Arthur
Rimbaud, qu’il rencontre en 1871. Il séjourne à Londres,
à Bruxelles, puis se fait emprisonner en 1873 pour deux ans après
avoir tenté de tuer Rimbaud, qui menaçait de le quitter.
A sa sortie de prison,
Verlaine tente de se redresser, il fait l’agriculteur dans le nord de
la France, enseigne le français en Angleterre, puis l’anglais
en France. En 1877, il est renvoyé de l’institution religieuse
où il travaillait pour ivrognerie et débauche. Il commence
une nouvelle liaison avec un jeune élève, Lucien Létinois.
Verlaine tente de monter une entreprise agricole mais échoue.
Son ami meurt en 1883. Verlaine connaît alors une misère
noire jusqu’en 1885, date à laquelle il est à nouveau
condamné pour l’agression commise sur sa mère, qui meurt
en 1886. Libéré mais malade, Verlaine va d’hôpital
en hôpital pour se faire soigner. Cependant, la publication de
ses poèmes rencontre un certain succès, Verlaine est demandé
pour des conférences et sa situation financière s’améliore.
Il se lie successivement à deux prostituées qui l’exploitent
à tour de rôle. En 1894, il est sacré prince des
poètes. Il s’effondre définitivement en 1896 dans la chambre
d’une de ses maîtresses
A partir de l’influence
de Baudelaire dans ses premiers poèmes (Poèmes saturniens,
1866), Verlaine trouve son style dans Fêtes Galantes (1869)
et La Bonne chanson (1870). Avec ferveur, subtilité et
musicalité ses poèmes célèbrent avant tout
l’amour. Verlaine est au sommet de son art lorsqu’il publie Romances
sans paroles (1874); il y exprime par une délicate musique
sa langueur de vivre, la mélancolie qui l’habite dans des poèmes
simples et transparents, aux harmonies originales rythmées par
le vers impair. Ses derniers recueils (Sagesse, 1881; Amour,
1881; Bonheur, 1891) présentent des poèmes d’une
inspiration plus mystique, tout en continuant de célébrer
tous les plaisirs de la vie.