Ce
mouvement littéraire, dont on peut dater les activités
entre 1924 et 1939, représente un développement majeur
dans la création et l’esthétique contemporaines. Plus
qu’un mouvement artistique et littéraire, le surréalisme
est aussi une "véritable révolution culturelle,
puisqu’il nous propose un bouleversement des idées, des images,
des mythes, des habitudes mentales qui conditionnent à la fois
la connaissance que nous avons de nous-mêmes et notre engagement
dans ce monde." (Robert Bréchon).
Le
surréalisme est avant tout une réaction contre la société
et ses contraintes qui conditionnent l’existence. La guerre de 1914-18
est vue comme une faillite de la civilisation occidentale. "Par
dessus tout, nous étions en proie au refus systématique,
acharné, des conditions dans lesquelles, à pareil âge,
on nous forçait à vivre. Mais ce refus ne s’arrêtait
pas là, ce refus était avide […] ce refus portait […]
sur toute la série des obligations intellectuelles, morales et
sociales que de tous côtés et depuis toujours, nous voyions
peser sur l’homme de manière écrasante." (André Breton, Qu’est-ce que le Surréalisme?, 1934).
Les
surréalistes ne surgissent pas ex-nihilo, ils ont des prédécesseurs,
qui ont aussi heurté la culture rationaliste et bourgeoise :
le marquis de Sade d’abord, mais aussi Nerval, Lautréamont, Baudelaire,
Rimbaud… Par ailleurs, l’influence de Freud est décisive, par
la révélation de l’inconscient, l’importance des rêves
et le refoulement des désirs. Les surréalistes reconnaissent
encore dans les cultures dites "primitives" (l’Afrique notamment)
des inspirations pour retrouver un esprit libéré des contraintes
culturelles.
Le
surréalisme a un ancêtre plus jeune encore, le mouvement
Dada, qui se développe entre 1916 et 1921, et auquel André
Breton (1896-1966), le théoricien du surréalisme, s’associe
pour un temps. Le mouvement Dada est né en Suisse, à Zurich,
lieu de refuge de beaucoup d’Européens fuyant la guerre. Autour
de Tristan Tzara, un Roumain, un groupe de jeunes gens nomment le mouvement
d’après le premier mot qu’ils rencontrent dans le dictionnaire.
Le mouvement est essentiellement nihiliste, l’objectif est de défigurer,
de ridiculiser la littérature et l’art conventionnels : "Que
chaque homme crie; il y a un grand travail destructif à accomplir.
Balayer, nettoyer" (Tzara). Breton rencontre Tzara lors de son
arrivée à Paris et presqu’immédiatement, la revue Littérature que Breton dirige prend un ton dadaïste,
essentiellement dérisionnaire et destructif. Breton s’éloigne
pourtant de Tzara vers 1921, car pour lui désormais, au-delà
de la négation radicale de la vie, il faut en inventer une nouvelle.
En
1924, André Breton définit dans un Manifeste la nature
du surréalisme. Ouverte à l’expérience du rêve,
de l’inconscient et du désir, la création poétique
doit répondre aux pulsions fondamentales par l’intermédiaire
de "l’écriture automatique", nommée aussi "pensée
parlée" ou "écriture de pensée".
Sans souci de logique ni de censure (grammaticale, morale, esthétique),
les phrases "qui cognent à la vitre" s’expriment librement.
Le poète se place dans un abandon volontaire et une totale passivité,
il n’est plus "qu’un modeste appareil enregistreur du phénomène".
Breton
définit ainsi le surréalisme: "Automatisme psychique
par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit,
soit de toute autre manière, le fonctionnement de la pensée.
Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle
exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation
esthétique et morale".
On
a reproché aux surréalistes de n’être que des "révolutionnaires
de salon", à l’écart des réalités du
monde. Toutefois, dès 1926, les membres du groupe surréalistes
sympathisent avec le parti communiste d’URSS (Breton est un grand admirateur
de Trotsky), tout en conservant leurs distances vis-à-vis de
l’appareil politique. Le
mouvement surréaliste connaît de nombreuses querelles intestines,
certains membres sont exclus (Soupault et Artaud en 1926, parce qu’ils
attachaient trop d’importance à la "littérature",
d’autres le joignent plus tard (Dali, Bunuel, René Char), surtout
après la publication du Second Manifeste, en 1929. En 1933, Breton
et Eluard rompent avec les communistes d’URSS, mais le mouvement gagne
une audience internationale et Breton voyage beaucoup. Pendant la seconde
guerre mondiale, Breton se réfugie aux Etats-Unis, tandis qu’Eluard
rejoint la Résistance française, ainsi que René Char.
Le
mouvement surréaliste n’a peut-être pas changé la
face du monde et de la société, comme ses membres le voulaient,
mais il a marqué le monde de l’art de manière définitive
et radicale, en créant un espace pour une création artistique
libérée de toute contrainte.
"La Centrale surréaliste",
photo de Man Ray, c.1924.
Arrière-plan (de gauche
à droite): Jacques Baron, Raymond
Queneau, André Breton, Jacques Boiffard, Giorgio de Chirico,
Roger Vitrac, Paul Eluard, Philippe Soupault, Robert Desnos, Louis Aragon.
Devant: Pierre Naville,
Simone Collinet-Breton, Max Morise, Marie-Louise Soupault
Oeuvres principales
d’André Breton: