C’est
seulement en 1829, à l’âge de 46 ans que Stendhal (Henry
Beyle), après une carrière d’officier dans la Garde impériale,
d’oisif à Milan et de dilettante dans les salons parisiens, publie
son premier roman d’importance, Armance. Un an après,
en 1830, alors qu’il est Consul à Trieste, il publie son chef-d’oeuvre,
Le Rouge et le noir. Dix ans plus tard, en 1840, paraît
le dernier de ses grands romans, La Chartreuse de Parme.
Le projet littéraire
de Stendhal peut être défini comme autobiographique, dans
lequel l’écriture est utilisée comme un vecteur qui permet
à l’écrivain lui-même d’incarner le personnage qu’il
pourrait être. Ainsi, les différentes facettes du moi de
Stendhal existent à travers les personnages de ses romans : "[Stendhal]
se donne à soi-même plus d’une centaines de pseudonymes,
moins pour se dissimuler que pour se sentir vivre à plusieurs
exemplaires" (Paul Valéry). Stendhal explique lui-même
son projet : "Il est très difficile de peindre ce qui a
été naturel en vous de mémoire, On peint mieux
le factice, le joué, parce que l’effort qu’il a fallu faire pour
jouer l’a gravé dans la mémoire." Cette attitude
égotiste de l’auteur a suscité la création d’un
nouveau mot, le "beylisme".
Le Rouge et le Noir est basé sur deux faits divers (non liés entre eux) parus
dans les journaux, qui relataient l’assassinat de deux jeunes femmes
par leur amant respectif. Julien Sorel, héros du roman, jeune
homme brillant mais issu d’une famille d’ouvriers-artisans de province,
tombe amoureux de Madame de Rênal, femme mariée de l’aristocratie
locale. L’affaire faisant scandale, Sorel part pour Paris, où
il fait connaissance de Mathilde, fille du marquis de la Môle.
Alors que Julien Sorel est sur le point de se marier avec Mathilde,
Madame de Rênal, sur l’avis de son confesseur, accuse son amant
d’être un arriviste sans scrupules, ce qui a pour effet de ruiner
son mariage. Julien tente alors d’assassiner Madame de Rênal.
Mis en prison, il est condamné à mort, en dépit
des efforts conj.ugués de Mathilde et de Madame de Rênal
pour le sauver. Le Rouge et le noir (l’amour et la mort) reflète
les contradictions du monde que Sorel traverse : le monde candide de
la province et celui de l’expérience initiatique de Paris, l’innocence
et le faux, le bonheur et le drame, l’existence et le néant.
L’une des originalités
de l’écriture de Stendhal réside dans la manière
narrative, de type linéaire, mais que le lecteur suit à
travers les yeux du héros, qui transforme le réel en matière
subjective. Par l’usage du "je" et du monologue, le lecteur
suit les mouvements de la pensée et des sentiments de Julien,
ses hésitations, sa vision du monde. Le narrateur/auteur est
donc effacé et ne donne pas l’impression de conduire, ou même
de contrôler, la narration. Plus encore, le narrateur intervient
parfois pour donner ses propres jugements, créant ainsi une distance
plus grande encore vis-à-vis de l’oeuvre, qui acquiert une sorte
d’indépendance.
La Chartreuse de Parme
met en scène dans un style limpide et spontané une
autre histoire d’amour impossible, avec pour toile de fond l’Italie
sous la domination napoléonienne. Comme Julien Sorel, Fabrice
del Dongo est un personnage séduisant, intelligent et courageux
qui bénéficie de l’aide de femmes influentes. L’amour
est au centre de la narration, comme si c’était la clé
d’accès aux êtres et au bonheur.