L’oeuvre
de Rimbaud reste une somme exceptionnelle de la littérature du
19e siècle, pourtant, elle ne comprend qu’une centaine de pages
d’un mince volume. Ses textes, poèmes et prose poétique,
Rimbaud les a écrits entre quinze et vingt et un ans; ils expriment
la révolte, l’ironie grinçante de sa jeunesse mais aussi
une aspiration profonde à un autre monde. En dépit de
son bref passage en littérature, Rimbaud a suscité des
centaines de commentaires et exégèses, inspiré
de nombreux auteurs, mais s’il "est le père de bien des
écoles, il n’est le parent d’aucune" (Henry Miller).
Comme celle de Baudelaire,
l’enfance de Rimbaud à Charleville (Nord) est un cauchemar, entre
un père officier de carrière et une mère "aussi
inflexible que soixante-treize administrations à casquettes de
plomb." Sa première fugue a lieu à seize ans, il
est arrêté dans le train pour Paris et emprisonné
faute d’avoir assez d’argent pour son billet. D’autres fugues suivent
bientôt, en octobre 1871 en Belgique, à nouveau à
Paris en février et mars 1871. Dans une lettre de mai
1871, Rimbaud décrit à son ami Paul Demeny la manière
dont il conçoit la création poétique : "Je
dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. Le
Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné
dérèglement de tous les sens."
C’est à
cette période que Rimbaud rédige Le Bateau ivre, long
poème exalté exprimant l’ivresse de la dérive.
Au mois de septembre de cette même année, il rencontre
Paul Verlaine à Paris, où il vivent ensemble une existence de débauche,
qui se prolonge également à Londres, au cours de plusieurs
séjours. En juillet 1873 à Bruxelles, Verlaine, tentant
de retenir son ami, blesse Rimbaud d’un coup de revolver. Verlaine est
emprisonné pour deux ans. Rimbaud relate cet épisode
troublé de sa relation avec Verlaine dans un recueil achevé
en août 1873, Une Saison en enfer. Ce recueil est aussi
un sévère réquisitoire du monde contemporain, dans
lequel Rimbaud montre sa haine envers les institutions bourgeoise, militaire
et cléricale qui le soutiennent.
Rimbaud cesse d’écrire
vers 1875, Les Illuminations (publié en 1886) contiennent
ses derniers poèmes, qui apparaissent comme des "visions",
pour la plupart quasi-hermétiques. Rimbaud est le seul maître
de ces tableaux féeriques, hallucinés, de ces images prises
du réel au cours de ses pérégrinations et recyclées
dans un imaginaire fantasque qui porte la poésie vers une nouvelle
dimension, celle du chaos et du splendide insensé.
A
partir de l’automne 1873, Rimbaud voyage beaucoup en Europe, exerçant
différents métiers, dont employé de cirque. Il
s’embarque pour l’Afrique en 1878, où il tente de faire fortune
dans le commerce, y compris d’armes, mais sans succès. En 1891,
une tumeur au genou l’oblige à rentrer en France et à
se faire amputer d’une jambe. Incapable de supporter ce retour, il tente
de repartir, mais il meurt à Marseille, dans d’horribles souffrances.
Rimbaud
a probablement été plus lu pour le mythe qu’il représente
que pour ses oeuvres, d’une consternante difficulté. Pourtant,
dans ce déluge rimbaldien, cette déconstruction de l’espace
littéraire traditionnel, celui du sens, des thèmes
émergent, ceux de la révolte, du goût pour la vie,
de l’expérience des sensations, de la débauche salvatrice
et illuminante. Tous ces thèmes convergent vers "le langage
de l’âme" (Henry Miller) d’un poète à l’existence
et au génie fulgurants.