Maupassant
n’occupe pas une place aussi importante que Flaubert dans la littérature
française, il n’a pas eu non plus un profil public aussi proéminent
que celui de Zola, pourtant, ce disciple de Flaubert
et ami de Zola
a toujours bénéficié d’une grande estime du public,
en France comme à l’étranger, en Russie en particulier.
Maupassant a publié six romans et environ trois cents nouvelles.
Flaubert a beaucoup aidé
Maupassant dans ses débuts littéraires, corrigeant ses
manuscrits et lui enseignant l’art d’écrire aussi bien que la
haine des valeurs bourgeoises. Flaubert a également introduit
Maupassant auprès des éditeurs importants, lui facilitant
ainsi l’entrée dans le monde littéraire. Après
1877, Maupassant se lie avec Zola et participe aux célèbres
"soirées de Médan" – chez Zola, en compagnie
de Alexis Henrique, J.K. Huysmans et bien d’autres. Durant ces soirées,
des romans ou des nouvelles étaient composés d’une manière
collective.
Maupassant devient immédiatement
célèbre avec Boule-de-suif (1880), une courte histoire
avec une prostituée comme personnage central. La voiture dans
laquelle Boule-de-suif voyage est arrêtée par les troupes
allemandes d’occupation. L’officier allemand qui commande l’opération
refuse de laisser repartir la voiture à moins que Boule-de-suif
ne consente à tous ses désirs. La jeune femme se déclare
prête à faire ce sacrifice mais elle exige que ses compagnons
de voyage, qui comptent deux soeurs religieuses parmi eux, lui donnent
leur approbation. Après bien des délibérations,
ses compagnons finissent par approuver ce marchandage et Boule-de-suif
donne son consentement à l’officier. La voiture est finalement
libérée mais la jeune femme, qui s’attendait à
recevoir quelque marque de reconnaissance de la part de ses compagnons
de voyage, ne retrouve que leur mépris.
Cette histoire est exemplaire
de la manière dont Maupassant perçoit la nature humaine,
nourrie selon lui par l’égoïsme individuel et contrôlée
par des valeurs morales conservatrices. Sur l’évolution possible
de cette nature humaine vers de meilleures dispositions, le pessimisme
de Maupassant est total, aucun espoir n’étant permis. Les nouvelles
de Maupassant font le portrait de paysans frustres, naifs et ignorants,
cupides ou généreux, de bourgeois nantis ou d’ouvriers
exploités. Elles décrivent encore l’horreur de la guerre,
les préjugés, l’avarice, les souffrances de vivre, les
angoisses. Maupassant est aussi
l’héritier de Balzac,
qu’il considérait comme le premier des réalistes, "un
inventeur de personnages immortels." Duroy, le héros de
Bel Ami (1885), le plus célèbre des romans de Maupassant,
n’est pas sans rappeler le Rastignac du Père Goriot, montrant
un semblable opportunisme et un talent sans pareil pour exploiter les
femmes et arriver à ses fins.
Mais le style de Maupassant
est avant tout celui de la forme brève, la nouvelle et le conte,
dont il a exploité les contraintes jusqu’à la perfection.
Opérant par touches sobres mais élégantes, plutôt
que les longues descriptions balzaciennes, Maupassant préfère
la force de la suggestion.