Stéphane
Mallarmé
(1842-1898)

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L'extrémité de l'écriture

Mallarmé ferme le 19e siècle, en même temps qu'il ouvre le suivant. Il représente à lui seul un point extrême de l'évolution de la littérature, un seuil critique de l'activité du langage, là où la parole et l'écriture cessent d'être une simple monnaie d'échange, des instruments de communication mais poursuivent, sous une forme incantatoire et exigeante, la représentation d'un état pur, inaltérable, que Mallarmé pressent au-delà du monde quotidien et éphémère. Cette représentation de l'Idéal, que seul Le Livre pourrait contenir, est un exercice sans fin; c'est pourquoi l'écriture de Mallarmé doit se lire comme une tension vers un texte qui serait toujours possible d'améliorer.

Mallarmé n'a pas eu la vie turbulente ou controversée d'un Baudelaire ou d'un Verlaine, cet homme tranquille a connu une existence sans grand éclat. Né à Paris, il a étudié l'anglais après ses études secondaires et séjourné en Angleterre.

Ses premiers poèmes sont d'inspiration lamartinienne, mais il découvre en 1861 Les Fleurs du Mal, qui lui fournissent un nouveau modèle. Professeur d'anglais à partir de 1862, il enseigne dans diverses villes de province (Tournon, Besançon et Avignon) et est finalement posté à Paris en 1871

Mallarmé publie ses dix premiers poèmes en 1866 dans la revue Le Parnasse contemporain, mais il travaille déjà à des oeuvres qu'il considère plus importantes : Hérodiade (restée inachevée) et L'Après midi d'un faune, qui n'est publiée qu'en 1876. Dans ces oeuvres, Mallarmé s'éloigne de toute influence et explore sa propre poétique qu'il définit comme "deux abîmes qui le désespèrent. L'un est le Néant [...] l'autre vide est celui de ma poitrine".

Le nom de Mallarmé est associé à la difficulté et à l'hermétisme. Le sens, qui est habituellement l'objet du langage, semble être absent - ou éloigné - dans les écrits de Mallarmé. Les deux jugements suivants résument la problématique en question :

"La lecture d'un texte de Mallarmé peut se révéler une expérience déconcertante pour quelqu'un habitué à chercher un message "derrière" ou "dessous" le texte. Mallarmé ne propose pas de signification mais institue un processus. Plutôt que supputer ce que le poète a voulu dire, le lecteur doit rechercher ce que le langage est en train de faire. En d'autres termes, le lecteur apprend à reconnaître que c'est la recherche du sens qui est significative." (Barbara Johnson, De la littérature française, 1995, pp. 751-752)

"Comprendre un poème difficile, ce n'est pas le traduire en un langage de facilité, c'est le comprendre comme difficile, c'est revivre en soi les fins et les chemins de sa difficulté". (Jean-Pierre Richard, L'Univers imaginaire de Mallarmé, 1961).

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore.

Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,
Aboli bibelot d'inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s'honore).

Mais proche de la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,

Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l'oubli formé par le cadre, se fixe,
De scintillations sitôt le septuor.

 

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© Denis C. Meyer-2009