Mallarmé
ferme le 19e siècle, en même temps qu’il ouvre le suivant.
Il représente à lui seul un point extrême de l’évolution
de la littérature, un seuil critique de l’activité du
langage, là où la parole et l’écriture cessent
d’être une simple monnaie d’échange, des instruments de
communication mais poursuivent, sous une forme incantatoire et exigeante,
la représentation d’un état pur, inaltérable, que
Mallarmé pressent au-delà du monde quotidien et éphémère.
Cette représentation de l’Idéal, que seul Le Livre pourrait contenir, est un exercice sans fin; c’est pourquoi l’écriture
de Mallarmé doit se lire comme une tension vers un texte qui
serait toujours possible d’améliorer.
Mallarmé n’a pas
eu la vie turbulente ou controversée d’un Baudelaire ou d’un Verlaine,
cet homme tranquille a connu une existence sans grand éclat.
Né à Paris, il a étudié l’anglais après
ses études secondaires et séjourné en Angleterre.
Ses premiers poèmes
sont d’inspiration lamartinienne, mais il découvre en 1861 Les
Fleurs du Mal, qui lui fournissent un nouveau modèle. Professeur
d’anglais à partir de 1862, il enseigne dans diverses villes
de province (Tournon, Besançon et Avignon) et est finalement
posté à Paris en 1871
Mallarmé publie
ses dix premiers poèmes en 1866 dans la revue Le Parnasse
contemporain, mais il travaille déjà à des
oeuvres qu’il considère plus importantes : Hérodiade (restée inachevée) et L’Après midi d’un faune,
qui n’est publiée qu’en 1876. Dans ces oeuvres, Mallarmé
s’éloigne de toute influence et explore sa propre poétique
qu’il définit comme "deux abîmes qui le désespèrent.
L’un est le Néant [….] l’autre vide est celui de ma poitrine".
Le nom de Mallarmé
est associé à la difficulté et à l’hermétisme.
Le sens, qui est habituellement l’objet du langage, semble être
absent – ou éloigné – dans les écrits de Mallarmé.
Les deux jugements suivants résument la problématique
en question :
"La lecture d’un
texte de Mallarmé peut se révéler une expérience
déconcertante pour quelqu’un habitué à chercher
un message "derrière" ou "dessous" le texte.
Mallarmé ne propose pas de signification mais institue un processus.
Plutôt que supputer ce que le poète a voulu dire, le lecteur
doit rechercher ce que le langage est en train de faire. En d’autres
termes, le lecteur apprend à reconnaître que c’est la recherche
du sens qui est significative." (Barbara Johnson, De la littérature
française, 1995, pp. 751-752)
"Comprendre un poème
difficile, ce n’est pas le traduire en un langage de facilité,
c’est le comprendre comme difficile, c’est revivre en soi les fins et
les chemins de sa difficulté". (Jean-Pierre Richard, L’Univers
imaginaire de Mallarmé, 1961).