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Littérature
actuelle
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L’une
des caractéristiques de la littérature contemporaine actuelle
en France est qu’il est difficile d’identifier des courants, ou des
écoles, comme l’histoire de la littérature depuis le début
du 19e siècle en a tant formé. Les écrivains aujourd’hui
sont plus des individus que des représentants d’une tendance,
ce qui donne l’impression d’une diversité dans la production
contemporaine. Toutefois, il est indéniable que le roman est
retourné au romanesque, que l’autobiographie romancée
(appelée quelquefois autofiction) est souvent présente
dans les oeuvres, que l’analyse psychologique de personnages a été
remplacée par une plus grande neutralité, donnant ainsi
au lecteur plus de liberté. L’écriture évolue vers
plus de poésie, elle s’est socialement désengagée.
Michel Tournier
(né en 1924)
Philosophe
et germaniste de formation, Michel Tournier a repris des mythes ou des
légendes anciennes pour s’en réapproprier le sens et les
dimensions symboliques. Son premier roman, Vendredi ou les limbes
du Pacifique (1967), réécrit le mythe du Robinson
Crusoë de Daniel Defoe, en y inversant les valeurs: au lieu de
résister à sa solitude en reproduisant sur son île
les fragments de la civilisation d’où il vient, le Robinson de
Tournier se naturalise, s’ajuste à la vie naturelle; Vendredi,
le "sauvage" éduqué par Robinson dans le roman
de Defoe, joue au contraire le rôle d’éducateur dans le
Robinson de Tournier, qui substitue les valeurs de la "vie sauvage"
à celles de la civilisation capitaliste et colonisatrice qui
fondent le roman de Defoe. Vendredi a été adapté
par l’auteur pour un public d’enfants sous le titre Vendredi ou la
Vie sauvage (1976). Tournier continuera par la suite à écrire
abondamment pour un public d’enfants.
En
1970, Tournier publie Le Roi des Aulnes, qui reprend une ancienne
légende germanique d’un ogre dévoreur d’enfants et dont
le contexte se situe dans l’Allemagne nazie des années quarante.
Ce roman illustre l’attitude ambiguë de Tournier vis-à-vis
de l’Allemagne, pays "noir et blanc", comme il le décrit. Les Météores (1975) présente une réflexion
sur le thème de la géméllité, le livre raconte
l’histoire d’un couple de "vrais" jumeaux, dont la séparation
entraîne l’un d’eux dans une longue quête initiatique.
L’oeuvre de Tournier se poursuit avec des essais (Le Vent paraclet,
1976), des contes et des récits (Le Coq de bruyère,
1978), puis Gaspar, Melchior et Balthazar (1980) qui s’inspire
du thème biblique des rois mages. En 1985, Tournier publie La
Goutte d’or, un roman centré autour du personnage d’un jeune
Maghrébin; le livre explore le thème de l’image et de
la représentation, il aborde également la question de
l’immigration, de l’identité et du déracinement.
Jean-Marie Gustave
Le Clézio (né en 1940)
Alors âgé seulement de 23 ans, le premier livre de J.-M. G. Le
Clézio, Le Procès verbal (1963) est déjà
récompensé par le prix Renaudot. Les thèmes de
l’identité, de la solitude, de la quête du monde, qui reviennent
sans cesse dans l’oeuvre abondante de Le Clézio, y sont déjà
présents, portés par une écriture poétique
et méditative, cherchant un accord des sensations avec les éléments
et les choses. En 1967, dans un essai intitulé L’Extase matérielle,
Le Clézio écrit: "Le secret absolu de la pensée
est sans doute le désir jamais oublié de se replonger
dans la plus extatique fusion avec la matière, dans le concret
tellement concret qu’il en devient abstrait". Le Clézio
ajoute, comme pour mieux marquer sa différence avec le Nouveau
Roman: "Contre toute spécification formelle, c’est l’aventure
d’être vivant qu’on veut exprimer".
Après des livres
au ton pessimiste qui expriment son dégoût pour la civilisation
matérialiste occidentale (La Fièvre, 1965; Le
Déluge, 1966; Terra Amata, 1967; Le Livre des fuites,
1969; La Guerre, 1970; Les Géants, 1973), Le Clézio
trouve dans l’ailleurs une source réelle d’inspiration et d’apaisement
: entre 1970 et 1974, il fait de fréquents séjours dans
une tribu indienne au Panama puis voyagera ensuite beaucoup (Maghreb,
Mexique, Océan Indien). Voyages de l’autre côté
(1975), Mondo et autres histoires (1978) illustrent ainsi cette
nouvelle recherche de l’innocence et de la pureté.
Chaque roman, chaque
nouvelle, chaque conte de Le Clézio présentent des personnages
en contact ou en rupture avec la vie et la nature et animés du
désir de prolonger ou de retrouver ce contact (Désert,
1980, Le Chercheur d’Or, 1985, Voyage à Rodrigues,
1986). Comme pour illustrer sa propre recherche, Le Clézio fait
le récit de l'errance des peuples juif et palestinien dans l'Étoile
errante (1992).
Plus récemment,
il a publié Sirandanes (1990), Onitsha (1991),
Diego et Frida (1993), La Quarantaine (1996), Poisson
d’or (1997), Hasard (1999) Cœur brûlé et
autres romances (2000), Révolutions (2003), L'Africain (2004), Ourania (2006), Raga, approche du continent invisible (2006), Ritournelle de la faim (2008).
Le Clézio est
l’un des écrivains de langue française les plus diffusés
dans le monde. Ses livres ont été traduits en allemand,
anglais, chinois, coréen, danois, espagnol, grec, italien, japonais,
portugais, russe et turc. Cet écrivain discret, né à
Nice, dont le père est anglais, la mère française,
et dont les ancêtres bretons ont émigré sous la
Révolution à l’île Maurice, se sent finalement plus
attaché à la langue française qu’à la France
elle-même: "La langue française est mon seul pays,
dit Le Clézio, le seul lieu où j'habite". Quant au voyage, la découverte de l'autre, il vient renforcer la découverte de soi: "Etre à la fois ici et ailleurs, appartenir à plusieurs histoires." (Révolutions, 2003).
Le Prix Nobel de littérature a été décerné à Jean-Marie Le Clézio en octobre 2008. L'académie suédoise a annoncé le prix en décrivant Le Clézio comme un écrivain de la "rupture", de "l'aventure poétique et de l'extase sensuelle", un "explorateur d'une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante".
Question
de Tirthankar Chanda à
J.M.G. Le Clézio (L. F. No. 41, décembre
2001) :
- Dans vos
livres, la frontière entre les genres s’estompe. On est loin
de la narration romanesque classique. Croyez-vous que le roman comme
genre, hérité du XIXe siècle, reste
trop fortement marqué par ses origines bourgeoises et coloniales
et qu’il ne peut, tel quel, rendre compte de la complexité du
monde post-moderne, post-colonial ?
- Le roman est effectivement
un genre bourgeois. Tout au long du XIXe siècle, il
a magnifiquement incarné les heurs et malheurs du monde bourgeois.
Puis, le cinéma est arrivé. Il lui a volé la vedette
et s’est révélé un outil de représentation
du monde beaucoup plus efficace. Les écrivains ont donc cherché
à élargir la portée du genre romanesque en en faisant
un lieu d’expression des idées, des sentiments. Ce faisant, ils
se sont rendus compte combien ce genre est malléable, fluide,
se prêtant facilement aux expérimentations formelles. Depuis,
chaque génération a renouvelé le roman, l’a réinventé
en apportant de nouveaux éléments.
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©
Denis C. Meyer-2009
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