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Victor
Hugo (1802-1885)
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La
création monumentale
Victor
Hugo est l’un des monuments principaux de la littérature française
en raison de l’impressionnante abondance de l’oeuvre, mais aussi de
la diversité des genres qu’il a explorés (roman, théâtre,
poésie, récits, essais, etc).
Victor
Hugo est conscient de son rôle d’inspirateur: par son engagement
politique d’abord, qui lui a valu, de 1850 à 1870, sous le règne
de Napoléon III, vingt ans d’exil dans les îles de Jersey
et Guernesey, au large des côtes de Normandie; par sa conviction
ensuite que le poète a une mission à remplir, celle d’éclairer
le peuple, qui vit sous la domination des oppresseurs au pouvoir.
Ainsi,
Hugo utilise ses dons littéraires immenses pour parler à
la fois aux foules anonymes du peuple et à ses dirigeants :
Le
poète en des jours impies
Vient préparer des jours meilleurs
Il est l’homme des utopies
Les pieds ici, les yeux ailleurs
C’est lui qui sur toutes les têtes
En tout temps, pareil aux prophètes
Dans sa main, où tout peut tenir
Doit, qu’on l’insulte on qu’on le loue
Comme une torche qu’il secoue
Faire flambloyer l’avenir
Les rayons et les ombres
L’oeuvre
romanesque de Hugo s’ouvre avec Notre Dame de Paris (1831), qui
rencontre un très grand succès populaire à l’époque.
Avec Claude Gueux (1834), son roman suivant, puis les dix tomes
des Misérables en 1862, Victor Hugo se pose en défenseur
et se fait la voix du petit peuple et des pauvres, fait unique dans
la littérature française jusque là, dont les thèmes
(aussi bien que les acteurs) semblaient limités aux mondes de
l’aristocratie et de la bourgeoisie. D’une certaine manière,
Victor Hugo incarne les changements profonds qui se produisent dans
la societé française de l’époque, avec en particulier
l’accès à la littérature des masses populaires.La
poésie de Hugo est une gigantesque incantation au mystère
de la création, à son génie. Elle célèbre
aussi la divinité de la nature et l’impuissance fondamentale
de l’homme au sein de cet univers qui le dépasse. Quoique souvent
caractérisé par de longs développements, le style
de Hugo est inspiré, et ses inventions puissantes. Les images,
les associations substantifs/qualificatifs ("l’horreur des forêts
formidables"), le rythme, le patient travail sur les assonances
sont impressionnants. Ce qui frappe en lisant Hugo, c’est qu’une telle
abondance du verbe, une telle prolixité dans la création
littéraire puissent encore paraître naturelles.
Hugo
s’inscrit dans un courant religieux hétérodoxe, le spiritisme,
qui s’est répandu en Europe depuis le 18e siècle, bénéficiant
de la diminution de l’influence de l’église chrétienne.
Les points les plus importants de sa pensée peuvent être
résumés ainsi:
-
Pour être, la création devait être imparfaite, sinon
elle ne pouvait pas se distinguer de son créateur, qui est
parfait.
L’être
ainsi créé a chuté parce qu’il a été
entraîné par la matière faite de mal et de négativité.
La
dispersion de l’être forme une chaîne qui part de la
matière brute et va vers Dieu. L’homme se situe vers le milieu
de cette création.
Après
la mort, tout être se métamorphose et revit une existence
basée sur la précédente. Ainsi l’âme
d’un criminel passe dans le corps d’un animal vil, tel que le crapaud,
ou l’araignée. Par contraste, l’homme bon devient au contraire
un chevalier, un mage, un poète ou, plus haut encore, un
ange.
-
Tout
l’être, toute la création progresse toutefois vers
la rédemption universelle, les êtres vils par la souffrance
et les êtres bons par l’action.
L’oeuvre
de Hugo est ainsi une vaste tentative de retracer l’épopée
humaine par le roman (Notre Dame de Paris, 1831; Les Misérables,
1862), le théâtre (Cromwell, 1827; Hernani, 1830),
la poésie (Les Châtiments, 1853; Les Contemplations,
1856; La Légende des siècles. 1859), "afin
de présenter la marche du mal au bien, de l’injuste au juste,
du faux au vrai, de la pourriture à la vie, de la bestialité
au devoir, de l’enfer au ciel, du néant à Dieu" (Les
Misérables).
Victor
Hugo a été vivement critiqué par ses successeurs,
tels que Claudel, ou Gide; ce dernier, à qui on demandait qui
était le plus grand poète français, a répondu
: "Victor Hugo, hélas !". Toutefois, l’oeuvre de Hugo
reste aujourd’hui un pôle majeur de la littérature française.
La création hugolienne, romantique et baroque, continue d’étonner
par son extraordinaire vivacité. Victor Hugo demeure le plus
populaire des auteurs français, le public a aimé et continue
d’aimer les tableaux simples et éloquents qu’il peint de la condition
et des sentiments humains qu’il observe et décrit avec vérité.
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