Jean
Giraudoux
(1882-1944)

 

Histoire - 20e

 

 

 

Le retour de l'ancien

Jean Giraudoux, avec sa formation de germaniste et une carrière de diplomate, est un écrivain difficilement classable, d'abord parce qu'il a excellé dans deux genres distincts, le roman et le théâtre, ce qui est inhabituel; ensuite parce qu'à partir de ces deux formes littéraires très différentes, Giraudoux a créé des oeuvres originales et déconcertantes, qui ne ressemblent pas à ce qui a été produit auparavant.

La force et le charme des écrits de Giraudoux se situent dans la poésie permanente qui les anime : "Giraudoux était un virtuose : un maître de la langue, avec un sens aristocratique du rapprochement brillant, de la formule inattendue mais révélatrice, des délices de la digression, de l'ornementation syntaxique, du jeu de mots enchanteur" (Ann Smock).Les romans de Giraudoux se forment autour d'un personnage central, dont la place dans le monde semble problématique et que l'auteur observe, comme un rêveur détaché : Suzanne et le Pacifique (1921), Juliette au pays des hommes (1924), Les Aventures de Jérôme Bardini (1930) sont les récits d'individus en fuite, en état d'évasion, essayant une nouvelle vie, comme Suzanne, qui tente, d'un point de vue de femme, de revivre l'expérience de Robinson Crusoé, seule sur une île. Dans Siegfried et le Limousin (1921), le héros est un soldat français amnésique qui devient citoyen allemand, comme si les frontières n'étaient après tout que des objets de la mémoire. L'oeuvre de Giraudoux apparaît souvent comme une tentative de réconciliation entre l'humanité et le cosmos, dont elle s'est détachée : "L'homme a voulu avoir son âme à soi. Il a morcelé stupidement l'âme générale" (Ondine). Les acteurs, les personnages de Giraudoux aspirent - sans pourtant y croire complètement, a retrouver le bonheur sur cette terre, et un lieu symbolique, l'Eden, c'est-à-dire "l'intervalle qui sépara la création et le péché originel" (Juliette au pays des hommes).

Provoquée par sa rencontre avec l'acteur et metteur en scène Louis Jouvet (1887-1951), Giraudoux n'a commencé sa carrière d'écrivain de théâtre qu'en 1928, avec Siegfried, tiré de son roman précédent. Cette pièce a été suivie par ses grands chefs-d'oeuvre : Amphytrion 38 (1929), Intermezzo (1933), La Guerre de Troie n'aura pas lieu (1935), Electre (1937), Ondine (1939), Sodome et Gomorrhe (1943).

Ces pièces, dont certaines s'inspirent de tragédies antiques, d'autres de mythes bibliques ou de légendes germaniques, sont une manière distanciée de s'intéresser à son époque, à cette atmosphère lourde des années trente, hantée par la montée des tragédies contemporaines, du fascisme et des guerres. Par l'humanisation et l'actualisation des dieux et des héros antiques, Giraudoux propose dans ses oeuvres théâtrales une reformulation du sacré comme une réponse possible aux interrogations et aux angoisses de son temps.

 

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© Denis C. Meyer-2009