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L’Entre-deux-
guerres
1918-1939
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La
période située entre la fin de la Première Guerre
Mondiale (1914-1918) et le début de la Seconde Guerre Mondiale
(1939-1945) est une période de contrastes. On assiste d’abord
à une euphorie qui suit la paix retrouvée en 1918 après
un conflit terrible au plan des pertes humaines. La littérature
connaît cette sorte de vacance euphorique au cours des années
vingt, que l’on a nommées les Années Folles.
A partir
de 1929, qui marque le début d’une grave crise économique
mondiale, le ton change, les nuages s’accumulent : on assiste à
la montée du pouvoir fasciste en Allemagne avec Hitler, nourrie
par la frustration du Traité de Versailles; en 1933 survient
l’assassinat du Chancellier autrichien Dolfuss; le réarmement
de l’Allemagne qui s’ensuit inquiètent les voisins européens;
le général Franco en Espagne reçoit l’aide de Hitler
dans sa lutte contre les Républicains; enfin, en 1938, l’annexion
de l’Autriche et d’une partie de la Tchécoslovaquie (Anschluss),
puis l’invasion de la Pologne qui suit ne laisse plus de doutes sur
l’imminence de la guerre, qui éclate en septembre 1939.
Les années vingt
sont porteuses d’espoir et de changements massifs, de révolutions
intellectuelles (Freud et l’exploration de l’inconscient, Einstein et
la découverte du relativisme); les années trente représentent
sous beaucoup d’aspects une quête de valeurs à opposer
à la guerre entre les peuples.
Littérature des années trente
Après
l’enthousiasme des "années folles", l’euphorie des
découvertes et des révolutions (le Surréalisme),
le roman des années trente revient vers les préoccupations
de l’époque : Saint-Exupéry publie Vol de Nuit (1931), qui illustre les progrès de l’aviation, alors que Malraux
publie La Condition humaine (1933), une chronique de la révolution
de 1927 à Shanghai, et s’inspire des débuts du nazisme
en Allemagne (Le Mépris, 1935) ou de la guerre d’Espagne
(L’Espoir, 1937). En même temps, portée par les
événements politiques, une sorte de littérature
du désespoir apparaît, qui annonce l’existentialisme de
l’après-guerre, et qui atteint un paroxysme avec les romans de Céline, Voyage au bout de la nuit (1932) et Mort à crédit (1936).
En s’inscrivant dans
l’histoire proche ou immédiate, le roman des années trente
prend la saveur du vécu et de l’expérience personnelle
de l’écrivain. Alors que Malraux participe à des
révolutions dans le monde entier, Aragon milite au parti
communiste, ainsi que Gide
pour un temps; Bernanos, malgré son passé d’homme
de droite, prend le parti des révolutionnaires de la guerre civile
en Espagne; Brasillach et Drieu la Rochelle optent quant à eux pour les fascismes.
Parallèlement,
les années trente marquent aussi la faveur du "roman cyle",
une formule littéraire testée autrefois par Zola (Les
Rougon-Macquart), Proust (A la Recherche du temps perdu)
et Romain Rolland (Jean-Christophe, 1904-1912). Mais cette
formule prolifère avec Jacques Chardonne (Les Destinées
sentimentales, 1934-1936), Georges Duhamel (La Chronique
des Pasquier, 1933-1941), Roger Martin du Gard (Les Thibault,
1922-1940) et surtout Jules Romains (Les Hommes de bonne
volonté, 1932 à 1947).
Jules
Romains (1885-1972) s’inspire d’une doctrine qu’il a nommée
"l’unanimisme", par laquelle une "poésie immédiate"
veut traduire "le sentiment religieux face à la vie qui
nous entoure et nous dépasse". Les 27 volumes des Hommes
de bonne volonté sont une vaste fiction d’un passé
situé entre 1908 et 1933, qui exprime dans le mouvement et la
multiplicité, dans le détail et le devenir, une vision
du monde moderne. Le sujet est non pas une destinée individuelle,
mais "un vaste ensemble humain, avec une diversité de destinées
individuelles qui y cheminent chacune pour leur compte, en signorant
pour la plupart du temps". Le roman, où des personnages
multiples, individus, groupes, familles, paraissent et disparaissent
tour à tour, donne l’impression d’une gigantesque symphonie.
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©
Denis C. Meyer-2009
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