Honoré de Balzac

(1799-1850)

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Fondations du roman

Honoré de Balzac est le maître du roman conçu comme un absolu esthétique, son oeuvre est un aboutissement littéraire sans précédent. A sa mort en 1850, il est salué par Victor Hugo comme "l'un des génies les plus puissants du monde".

Balzac a été un écrivain prolifique, il a publié plus de cinquante romans, dont vingt-quatre se placent dans un grand ensemble qu'il a nommé, à partir de 1842, La Comédie humaine. Cet ensemble est composé de trois parties dont la première, la plus riche, comprend six subdivisions :

    • Etudes de moeurs
      (Histoire générale de la société)
Scènes de la vie privée
Scènes de la vie politique
Scènes de la vie de province
Scènes de la vie militaire
Scènes de la vie parisienne
Scènes de la vie de campagne
    • Etudes philosophiques
    • Etudes analytiques

On voit ainsi que Balzac avait l’ambition de composer un tableau général de son époque, qui rende compte des typologies de ses contemporains et des caractères fondamentaux de la société dans laquelle il vivait.

Avec la parution en 1833 d'Eugénie Grandet, la technique balzacienne est trouvée. Le roman est une analyse détaillée d’un milieu et d’une passion; la minitieuse description des décors, des personnages et des caractères caractérise le style si particulier de Balzac. L’ouvrage est réparti, comme la plupart de ses autres romans, en trois parties:

  • L’exposition : il s’agit d’une longue description où l’on arrive peu à peu aux personnages, qui en sont comme le résultat, comme si le contexte déterminait les personnages. Ainsi, les objets qui les entourent sont comme les signes révélateurs de la psychologie des personnages.

  • La dramatisation de l’intrigue : une fois le décor établi, l’intrigue prend place et l’action se précise.

  • Le dénouement : extrêmement dramatique, il est le résultat d’une crise, contenue potentiellement dans l’exposition et mise en place par les différents pôles de l’intrigue.

Avec Le Père Goriot (1834), la technique romanesque de Balzac introduit un nouvel élément : le retour systématique de certains personnages d'un roman à l'autre, ce qui a pour effet de renforcer la cohésion d'ensemble de La Comédie humaine.Balzac lui-même estime qu'à travers ses romans, il a créé "deux à trois mille figures saillantes de l'époque", c'est-à-dire "la somme des types que présente une génération".

Mais ce qui intéresse le plus Balzac dans l'élaboration de ces portraits, c'est la façon dont un trait de caractère (l'avarice, la naïveté, la générosité, la cupidité etc.) est incarné dans un personnage. Ainsi Balzac peut-il dire : "Molière a créé l'Avare, mais j'ai fait l'avarice". En conséquence, le même trait de caractère peut se renouveler à travers différents personnages qui l'incarnent de manière différente, selon leur milieu, leur histoire personnelle, le contexte dramatique etc.

Balzac se livre dans ses romans à une vive critique de la société, qu'il perçoit comme essentiellement fondée sur l'inégalité et sur la poursuite de l'assouvissement des passions : amour, richesse et pouvoir. Le héros balzacien (Rastignac, Rubempré) est un observateur critique et révolté mais impuissant, qui contemple - et qui y participe même - la corruption morale, vénale et judiciaire de la société où il se trouve : "[Rastignac] vit le monde comme il est, les lois et la morale impuissantes chez les riches, et vit dans la fortune l'ultima ratio mundi".

Balzac est souvent considéré comme le précurseur des écrivains réalistes de la seconde moité du 19e siècle (Flaubert, Maupassant, les frères Goncourt, Zola), mais Balzac n'est pas seulement un analyste de la société, un observateur scientifique de son temps. Il appartient également au courant romantique par la dimension exaltée qu'il donne à ses personnages, et que Baudelaire résume ainsi, en 1859 :

"Toutes ses fictions sont aussi profondément coloriées que les rêves. Depuis le sommet de l'aristocratie jusqu'aux bas-fonds de le plèbe, tous les acteurs de la Comédie sont plus âpres à la vie, plus actifs et plus rusés dans la lutte, plus patients dans le malheur, plus goulus dans la jouissance, plus angéliques dans le dévouement que la comédie du vrai monde ne nous les montre. Bref, chacun chez Balzac, même les portières, a du génie. Toutes les âmes sont des âmes chargées de volonté jusqu'à la gueule."

 

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© Denis C. Meyer-2009