Marco Polo

 

 

Des Voyages d'Ouest en Est
(14e-18e siècles)

 

Dans l'histoire de l'interaction Asie orientale-Europe de l'ouest, ce sont les voyages d'ouest en est, d'Europe à Asie, qui ont prédominé. Au cours de l'histoire, peu d'incursions des peuples d'Asie Orientale jusqu'en Europe se sont produites, mise à part celle des Huns, conduite par Attila jusqu'en France en 451. Au 13e siècle, les armées mongoles sont également parvenues jusqu'à Vienne et l'Adriatique (1242). Au 15e siècle, entre 1405 et 1433, le navigateur chinois Zhen He longeait les côtes d'Afrique orientale et commerçait avec les hommes de Tanzanie, du Kenya, de Somalie, mais il n'a jamais franchi Aden, ou pénétré en Mer Rouge, qui conduit à Alexandrie et à la Méditerranée.

Découvertes

Marco Polo est le visiteur de l'Asie le plus célèbre (mais pas le premier) et le récit de ses aventures dans la Chine des Mongols (1271-1291) a fourni un matériel d'étude tout en créant un imaginaire radicalement nouveau pour l'Europe des 14e et 15e siècles. Le voyage de Polo a montré qu'au delà de la Perse et de l'Asie Centrale, il existait un pays ancien. Pour l'atteindre, il fallait contourner le monde arabe islamique, le vieil ennemi, et aller directement aux sources et richesses de l'Orient : la Chine et ces Iles du sud qu'on appelait les Moluques. Le monde chrétien était en guerre depuis longtemps avec le monde islamique, et c'est pourquoi les cours européennes, ainsi que Rome, plaçaient beaucoup d'espoir dans ces voyages.

La découverte de la route maritime vers l'Inde en 1498 (Vasco de Gama franchit le Cap de Bonne Espérance et traverse l'Océan indien jusqu'à Calicut) accélère le contact avec l'autre côté du continent eurasiatique. Selon Christophe Colomb, un Gênois, la Chine peut être atteinte par la route de l'ouest, puisque la Terre est ronde. Pour le prouver, il traverse l'Atlantique en 1492 pour le compte des Espagnols. Colomb finalement jette l'ancre dans les Caraïbes, après 40 jours d'un cruel voyage. Cette découverte est à l'origine de la conquête de l'Amérique par les Espagnols. En 1494, le Pape approuve la division du monde en deux parties (Traité de Tortesillas) : à l'ouest il appartiendra aux Espagnols, à l'est il sera aux Portugais.

Plus tard, en 1519, Magellan, un Portugais, mais toujours pour le compte des Espagnols, ouvre la route du Pacifique par l’Ouest, en dépassant la pointe à l’extrêmité sud du continent sud américain. Magellan n’a jamais fini ce voyage autour du monde – il est massacré en 1522 par la population d’une île des Moluques (Philippines). Un seul des quatre bateaux de la flotte de Magellan rentrera finalement en Espagne, après trois ans de voyage. Sur 265 hommes qui étaient partis, 18 seulement sont rentrés.

Dès le 15e siècle, les bateaux portugais faisaient route par la côte ouest de l'Afrique, difficile et dangereuse pour les navires qui font naufrage dans des mers inconnues, où les vaisseaux sont entraînés par des courants puissants. La technique navale s'améliorant, les nefs des Portugais sont au tout début du 15e siècle sur les rives ouest et est de l'Inde, et en 1514, un navire portugais touche Canton. Des commerçants portugais arrivent au Japon en 1532, avec les premiers jésuites, dont François Xavier, l'Apôtre de l'Orient, qui séjourne au Japon deux ans et trouve la mort à son retour à Macao, en 1552.

Quant à l'Amérique du Nord, la France et l'Angleterre sont rivales. Tandis que les Espagnols se limitent au golfe du Mexique et à la péninsule de Floride, Anglais et Français (depuis la Bretagne) se lancent vers l'Atlantique nord pour conquérir les terres plus froides autour de l'embouchure du Saint-Laurent, avec l'espoir de trouver la route qui ouvre sur le Pacifique. Dans ces régions, les Européens s'intéressent aux peaux et fourrures des animaux du nord, et développent un commerce qui deviendra très lucratif.

Ces conquêtes, et notamment celle de l'Amérique du sud par les Espagnols, entraînent de nombreux massacres des populations locales, par la guerre, le travail forcé et les maladies importées par les navigateurs, comme la variole, qui tuent les Indiens par milliers. La population américaine était estimée à 80 millions avant la conquête. Vers la fin du 16e siècle, cette population n'était plus que de 10 millions (Todorov, La Conquête de l'Amérique, 1982, 169-185). Par ailleurs, des centaines de milliers d'Africains sont déplacés d'Afrique vers l'Amérique pour remplacer les populations indiennes décimées.

Le "commerce" avec les continents découverts au cours du 16e siècle devient un moteur économique essentiel aux sociétés européennes de la Renaissance. Les capitales, les familles royales, la bourgeoisie marchande s'enrichissent considérablement grâce à l'or, au commerce d'esclaves dans un premier temps, puis avec les épices, le sucre, le café et le cacao dans un deuxième temps. Ces voyages qui se multiplient à l'ouest vers les Amériques ou à l'est vers les Indes se produisent dans un contexte particulier en Europe, celui de la Renaissance, avec ses progrès techniques, la vigueur de ses arts et lettres, ses nouvelles cultures (la rupture de l'église de Rome avec les courants réformistes du Nord), la redécouverte de l'humanisme de la Grèce antique, les nouvelles richesses accumulées par les marchands et la noblesse. En fait, ces voyages et ces conquêtes sont largement responsables des transformations que traverse l'Europe, qui entre dans la modernité.

Tous ces horizons découverts à l'ouest comme à l'est et décrits par les voyageurs entraînent la construction d'un imaginaire européen de l'Ailleurs, du Différent. Les "sauvages", les "naturels" des Indes d'Amérique, du Pacifique ou des contrées d'Afrique, ainsi que le raffinement des civilisations de l'Extrême Orient, deviennent des éléments importants de la pensée des intellectuels européens modernes (Montaigne) et des Lumières (Voltaire, Montesquieu, Rousseau, Diderot). Ces voyages dans le lointain provoquent un phénomène de relativisation : la découverte de l'existence d'autres mondes et cultures signifie que la sienne propre n'est pas centrale et unique. Cette nouvelle vision du monde contribue à l'affaiblissement de la monarchie européenne et de l'autorité de l'Eglise de Rome, sa puissante alliée. En 1789 éclate la Révolution française.

 

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© Denis C. Meyer-2009