Dans l'histoire de l'interaction
Asie orientale-Europe de l'ouest, ce sont les voyages d'ouest
en est, d'Europe à Asie, qui ont prédominé.
Au cours de l'histoire, peu d'incursions des peuples d'Asie Orientale
jusqu'en Europe se sont produites, mise à part celle des Huns,
conduits par Attila jusqu'en France en 451. Au 13ème siècle,
les armées mongoles sont également parvenues jusqu'à
Vienne et l'Adriatique (1242). Au 15e siècle, entre 1405 et 1433,
le navigateur chinois Zhen He longeait les côtes d'Afrique
orientale et commerçait avec les hommes de Tanzanie, du Kenya,
de Somalie, mais il n'a jamais franchi Aden, ou pénétré
la Mer Rouge, qui conduit à Alexandrie et à la Méditerranée.
Découvertes
La
découverte de la route maritime vers l'Inde en 1498 (Vasco
de Gama franchit le Cap de Bonne Espérance et traverse l'Océan
indien jusqu'à Calicut) accélère le contact avec
l'autre côté du continent eurasiatique. Selon Christophe
Colomb, un Gênois, la Chine peut être atteinte par la
route de l'ouest, puisque la Terre est ronde. Pour le prouver, il traverse
l'Atlantique en 1492 pour le compte des Espagnols. Colomb finalement
jette l'ancre dans les Caraïbes, après 40 jours d'un cruel
voyage. Cette découverte est à l'origine de la conquête
de l'Amérique par les Espagnols. En 1494, le Pape approuve la
division du monde en deux parties (Traité de Tortesillas)
: à l'ouest il appartiendra aux Espagnols, à l'est il
sera aux Portugais.
Plus tard, en 1519, Magellan, un Portugais, mais toujours pour le compte des Espagnols, ouvre la route du Pacifique par l’Ouest, en dépassant la pointe à l’extrêmité sud du continent sud américain. Magellan n’a jamais fini ce voyage autour du monde – il est massacré en 1522 par la population d’une île des Moluques (Philippines). Un seul des quatre bateaux de la flotte de Magellan rentrera finalement en Espagne, après trois ans de voyage. Sur 265 hommes qui étaient partis, 18 seulement sont rentrés.
Dès
le 15e siècle, les bateaux portugais faisaient route par la côte
ouest de l'Afrique, difficile et dangereuse pour les navires qui font
naufrage dans des mers inconnues, où les vaisseaux sont entraînés
par des courants puissants. La technique navale s'améliorant,
les nefs des Portugais sont au tout début du 15e siècle
sur les rives ouest et est de l'Inde, et en 1514, un navire portugais
touche Canton. Des commerçants portugais arrivent au Japon en
1532, avec les premiers jésuites, dont François Xavier,
l'Apôtre de l'Orient, qui séjourne au Japon deux ans et
trouve la mort à son retour à Macao, en 1552.
Quant à l'Amérique du Nord, la France et l'Angleterre sont rivales.
Tandis que les Espagnols se limitent au golfe du Mexique et à
la péninsule de Floride, Anglais et Français (depuis la
Bretagne) se lancent vers l'Atlantique nord pour conquérir les
terres plus froides autour de l'embouchure du Saint-Laurent, avec l'espoir
de trouver la route qui ouvre sur le Pacifique. Dans ces régions,
les Européens s'intéressent aux peaux et fourrures des
animaux du nord, et développent un commerce qui deviendra très
lucratif.
Ces
conquêtes, et notamment celle de l'Amérique du sud par
les Espagnols, entraînent de nombreux massacres des populations
locales, par la guerre, le travail forcé et les maladies importées
par les navigateurs, comme la variole, qui tuent les Indiens par milliers.
La population américaine était estimée à
80 millions avant la conquête. Vers la fin du 16e siècle,
cette population n'était plus que de 10 millions (Todorov, La
Conquête de l'Amérique, 1982, 169-185). Par ailleurs,
des centaines de milliers d'Africains sont déplacés d'Afrique
vers l'Amérique pour remplacer les populations indiennes décimées.
Le "commerce" avec les continents découverts au cours
du 16e siècle devient un moteur économique essentiel aux
sociétés européennes de la Renaissance. Les capitales,
les familles royales, la bourgeoisie marchande s'enrichissent considérablement
grâce à l'or, au commerce d'esclaves dans un premier temps,
puis avec les épices, le sucre, le café et le cacao dans
un deuxième temps. Ces
voyages qui se multiplient à l'ouest vers les Amériques
ou à l'est vers les Indes se produisent dans un contexte particulier
en Europe, celui de la Renaissance, avec ses progrès techniques,
la vigueur de ses arts et lettres, ses nouvelles cultures (la rupture
de l'église de Rome avec les courants réformistes du Nord),
la redécouverte de l'humanisme de la Grèce antique, les
nouvelles richesses accumulées par les marchands et la noblesse.
En fait, ces voyages et ces conquêtes sont largement responsables
des transformations que traverse l'Europe, qui entre dans la modernité.
Tous
ces horizons découverts à l'ouest comme à l'est
et décrits par les voyageurs entraînent la construction
d'un imaginaire européen
de l'Ailleurs, du Différent. Les "sauvages",
les "naturels" des Indes d'Amérique, du Pacifique ou
des contrées d'Afrique, ainsi que le raffinement des civilisations
de l'Extrême Orient, deviennent des éléments importants
de la pensée des intellectuels européens modernes (Montaigne)
et des Lumières
(Voltaire, Montesquieu, Rousseau, Diderot). Ces voyages dans le lointain
provoquent un phénomène de relativisation : la
découverte de l'existence d'autres mondes et cultures signifie
que la sienne propre n'est pas centrale et unique. Cette nouvelle vision
du monde contribue à l'affaiblissement de la monarchie européenne
et de l'autorité de l'Eglise de Rome, sa puissante alliée.
En 1789 éclate la Révolution
française.
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Denis C. Meyer-2009