Claude Nougaro

 


Toulouse - 1967

Qu'il est loin mon pays, qu'il est loin
Parfois au fond de moi se raniment
L'eau verte du canal du Midi
Et la brique rouge des Minimes

O mon païs, ô Toulouse, ô Toulouse

Je reprends l'avenue vers l'école
Mon cartable est bourré de coups de poing
Ici, si tu cognes, tu gagnes
Ici, même les mémés aiment la castagne

O mon païs, ô Toulouse

Un torrent de cailloux roule dans ton accent
Ta violence bouillonne jusque dans tes violettes
On se traite de con à peine qu'on se traite
Il y a de l'orage dans l'air et pourtant

L'église St-Sernin illumine le soir
D'une fleur de corail que le soleil arrose
C'est peut-être pour ça malgré ton rouge et noir
C'est peut-être pour ça qu'on te dit Ville Rose

Je revois ton pavé, ô ma cité gasconne
Ton trottoir éventré sur les tuyaux du gaz
Est-ce l'Espagne en toi qui pousse un peu sa corne
Ou serait-ce dans tes tripes une bulle de jazz ?

Voici le Capitole, j'y arrête mes pas
Les ténors enrhumés tremblaient sous leurs ventouses
J'entends encore l'écho de la voix de papa
C'était en ce temps-là mon seul chanteur de blues

Aujourd'hui, tes buildings grimpent haut
A Blagnac, tes avions sont plus beaux
Si l'un me ramène sur cette ville
Pourrai-je encore y revoir ma pincée de tuiles

O mon païs, ô Toulouse, ô Toulouse


La pluie fait des claquettes

La pluie fait des claquettes
Sur le trottoir à minuit
Parfois je m'y arrête
Je l'admire, j'applaudis
Je suis son chapeau claque
Son queue-de-pie vertical
Son sourire de nacre
Sa pointure de cristal

Bip, bip, bip, ..., la pluie

Aussi douce que Marlène
Aussi vache que Dietrich
Elle troue mon bas de laine
Que je sois riche ou pas riche
Mais quand j'en ai ma claque
Elle essuie mes revers
Et m'embrasse dans la flaque
D'un soleil à l'envers

Bip, bip, bip, ..., la pluie

Avec elle, je m'embarque
En rivière de diamant
Je la suis dans les cloaques
Où elle claque son argent
Je la suis sur la vitre
D'un poète endormi
La tempe sur le titre
Du poème ennemi

Bip, bip, bip, ..., la pluie

A force de rasades
De tournées des grands ducs
Je flotte en nos gambades
La pluie perd tout son suc
Quittons-nous dis-je c'est l'heure
Et voici mon îlot
Salut, pourquoi tu pleures
Parce que je t'aime, salaud

Bip, bip, bip, ...

La pluie fait des claquettes
Sur le trottoir à minuit


Cécile, ma fille 1963

Elle voulait un enfant
Moi je n'en voulais pas
Mais il lui fut pourtant facile
Avec ses arguments
De te faire un papa
Cécile, ma fille

Quand son ventre fut rond
En riant aux éclats
Elle me dit: "Allons, jubile
Ce sera un garçon"
Et te voilà
Cécile, ma fille

Et te voilà et me voici, moi
Moi, j'ai trente ans, toi, six mois
On est nez à nez, les yeux dans les yeux
Quel est le plus étonné des deux?

Bien avant que je t'aie
Des filles j'en avais eu
Jouant mon coeur à face ou pile
De la brune gagnée
A la blonde perdue
Cécile, ma fille

Et je sais que bientôt
Toi aussi tu auras
Des idées et puis des idylles
Des mots doux sur tes hauts
Et des mains sur tes bas
Cécile, ma fille

Moi, je t'attendrai toute la nuit
T'entendrai rentrer sans bruit
Mais au matin c'est moi qui rougirai
Devant tes yeux plus clairs que jamais

Que toujours on te touche
Comme moi maintenant
Comme mon souffle sur tes cils
Mon baiser sur ta bouche
Dans ton sommeil d'enfant
Cécile, ma fille
Cécile


Je suis sous - 1964

Je suis sous, sous, sous
Sous ton balcon
Comme Roméo
Oh Oh ! Marie-Christine
Je reviens comme l'assassin
Sur les lieux de son crime
Mais notre amour n'est pas mort
Hein ? Dis-moi que non

Depuis que l'on s'est quitté
Je te jure que j'ai bien changé
Tu ne me reconnaîtrais plus
Et d'abord, je ne bois plus

Je suis rond, rond, rond
Rongé de remords
Je suis un salaud
Oh Oh ! Marie-Christine
Je t'en prie encore une fois
Montre-toi magnanime
Donne-moi une chance encore
Recommençons

En moi il y a du bon aussi
Ne me fais pas plus noir que je suis !

Je suis bourré, bourré, bourré
De bonnes intentions
J'ai trouvé du boulot
Oh ! Marie-Christine
C'est sérieux, j'ai balancé
Mon dictionnaire de rimes
Je n'écris plus de chansons non
Je travaille pour de bon

Mes copains que tu n'aimais pas
Maintenant ils rigolent sans moi
D'ailleurs je te les ai amenés
Tu n'as qu'à leur demander

On est sous, sous, sous
Sous ton balcon
Comme Roméo
Oh Oh ! Marie-Christine
Ne fais pas la sourde oreille
A ce cri unanime
Je t'en supplie, mon trésor
Réponds ! Réponds !
Marie-Christine
Ne me laisse pas seul

Bon ! Puisque c'est ça
Je vais me saoûler la gueule !

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