Conferences

La didactique du chinois et la malédiction de Babel
Joël Bel lassen,
Institut National des Langues et Civilisations Orientales, Paris.

Apprendre le français après l’anglais. Compétence d’appropriation plurilingue et  perspectives didactiques
Véronique Castellotti, University François Rabelais, Tours, France

La Chine impériale dans l’imaginaire français du XVII° siècle à nos jours
Muriel Détrie, University Paris III, France

L’imaginaire de l’autre : identité et réception française  dans la littérature chinoise  contemporaine
Jin Siyan, University of Artois, France

 

Papers

Strand 1

Image de la littérature française dans les premières revues de la nouvelle littérature de Hong Kong (1928-1949)
Sonia Au Ka-lai, French Centre for Research on Contemporary China, Hong Kong

Cinematic Import/Export: Traveling between France and China
Michelle Bloom
, University of California Riverside

Les sources asiatiques du « Tour du monde en quatre-vingts jours »
William Butcher

La culture chinoise à travers les textes de Jacques Lacan
Chu Xiaoquan
, Fudan University, Shanghai

Entre identité et universalité : les échanges France – Chine dans le domaine des arts visuels
Dong Qiang
, University of Beijing

War of Tongues: The Politics of Language in French Indochina
Marie-Paule Ha
, The University of Hong Kong

Paris and Hong Kong, tales of the two cities: Reconsidering these two cities in the light of current urban & literary studies
Xuân-Thu Lê, Carmel International School, Hong Kong

La "chinoiserie" en France et la "chinoiserie européanisée" en Chine. Étude sur la porcelaine au XVIIIe siècle
Liu Chiulan, Fu Jen Catholic University, Taipei, Taiwan

La Chine daguerréotypée de Balzac : Entre instrumentalisation et désenchantement
Denis C. Meyer, The University of Hong Kong

Les enjeux d’une traduction : Haoqiu zhuan en français
Philippe Postel, University of Nantes, France

Les représentations de la francité dans le cinéma hongkongais
Jean-Michel Sourd
, Diocesan School, Hong Kong

Regarding Chinese Art in France
Greg M. Thomas
, The University of Hong Kong

Orientalism: an European path towards cultural encounter with China in late 19th Century
Artur K. Wardega
, Macau Ricci Institute 

Viewing Chinese Film Through a French Theoretical Lens: Wong Kar-Wai’s 花樣年華 and Deleuze’s Cinéma
Flannery Wilson
, University of California, Riverside

L’Esthétique de l’existence chez quelques personnages romanesques de France et de Chine
Yang Shu Nu
, Yu Da University of Technology, Taiwan

Les réflexions de Gu Zhun et Zhu Xueqin sur la Révolution française et une tendance de la pensée chinoise depuis 1994
Zhang Chi
, Guangdong University of Foreign Studies

Les écrivains francophones chinois
Zhang Hua, Fudan University, Shanghai

La signature chinoise et la signature occidentale
Zheng Lihua
, Guangdong University of Foreign Studies

Strand 2

Témoignage universitaire hongkongais ou le défi d’une section de français d’un programme d’Etudes européennes à orientation « sciences politiques »
Beatrice Cabau-Lampa
, Hong Kong Baptist University

France and China via Finland: virtual mobility, French as a lingua franca and interculturality
Fred Dervin
, University of Turku, Finland
Valérie Martinez
, The University of Hong Kong

Un aspect inattendu des relations éducationelles et culturelles franco-chinoises : le FLE enseigné aux enfants chinois en classes de CLIN
Sophie Foch-Rémusat, Lycée Marcelin Berthelot, Saint-Maur, France

Redefining Teacher Language Awareness: The case of teaching French as a Foreign Language in the context of Hong Kong
Vincie Ho, The University of Hong Kong

Culture(s) éducative(s) et formation continue dans le contexte de la coopération bilatérale: Le cas des enseignants chinois de FLE des universités
Eva Martin, Cultural Co-operation Services, French Embassy, Beijing

Différences méthodologiques entre les manuels français et chinois en FLE sous l’angle de l’organisation structurale du contenu
Xu Yan, Renmin University, Beijing

 

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Joël Bel lassen, Institut National des Langues et Civilisations Orientales, Paris.

La didactique du chinois et la malédiction de Babel

La langue chinoise fait irruption de façon significative dans le paysage de l’apprentissage des langues en ce début de 21e siècle, alors qu’elle porte encore les stigmates de plusieurs strates de représentations, dont il convient d’entreprendre l’archéologie.
La didactique du chinois moderne, discipline scientifique émergente, a été marquée du sceau du refoulement de la spécificité irréductible de son système graphique. Au moment où les enjeux de l’émergence du chinois deviennent patents, la médiation d’un courant didactique français en matière d’enseignement du chinois contribue peut-être à sortir d’un état de confusion didactique. | back

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Véronique Castellotti, University François Rabelais, Tours, France

Apprendre le français après l’anglais. Compétence d’appropriation plurilingue et  perspectives didactiques

De nombreuses recherches ont mis en évidence, depuis longtemps déjà, l’importance des acquis antérieurs dans le développement des nouveaux apprentissages. Dans le domaine des langues, on s’est notamment intéressé au rôle des premières acquisitions linguistiques dans l’accès à une langue seconde ou étrangère et aux relations entre les langues dans l’apprentissage. Des travaux récents dans le domaine de l’acquisition des langues tendent maintenant à montrer que les processus développés dans l’appropriation d’une troisième, quatrième langue (et plus) mobilisent des ressources partiellement différentes de celles qui sont mises en œuvre dans l’appropriation d’une deuxième langue.
Après avoir évoqué les grandes lignes de ces recherches, je m’interrogerai sur les orientations qu’elles permettent d’envisager en matière d’intégration didactique, en particulier dans les environnements, de plus en plus nombreux, où le français est enseigné comme deuxième ou troisième langue étrangère et, dans la quasi-totalité des cas, après l’anglais, langue « voisine ».
Je proposerai notamment quelques pistes de réflexion pour réfléchir à la construction d’une compétence d’appropriation plurilingue, s’appuyant sur la transférabilité des expériences et des stratégies, du point de vue des usages d’appropriation et de l’évaluation des compétences. | back

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Muriel Détrie, University Paris-III, France

La Chine impériale dans l’imaginaire français du XVII° siècle à nos jours

Du XVII° siècle au XXI° siècle, la Chine n’a cessé de hanter l’imaginaire français, prenant les formes les plus diverses et suscitant les réactions les plus extrêmes, de la sinophilie d’un Voltaire à la sinomanie des maoïstes en passant par la sinophobie d’une « fin-de-siècle » hantée par la peur du Péril jaune. Cependant, par delà toutes ces métamorphoses, il est une image de la Chine qui n’a jamais cessé de perdurer et de fasciner à travers les siècles, c’est celle de la Chine impériale.
Nourrie par les souvenirs de Marco Polo et par les écrits des jésuites à partir du XVII° siècle, l’image de la Chine impériale se constitue autour de quelques figures et lieux emblématiques qui dessinent le rêve d’une totalité alliant en elle tous les contraires : autoritarisme et démocratie, présence et absence, raffinement et cruauté, ordre et désordre, etc.
C’est tout d’abord la figure d’un empereur tout puissant, qui ne tient son pouvoir que de lui-même mais qui sait s’entourer de fonctionnaires recrutés selon leurs seuls mérites. Reclus en un palais secret et inaccessible, il reste invisible aux yeux du plus grand nombre mais son pouvoir s’étend « par la vertu de l’absence » jusqu’aux marches de l’empire qui s’ordonne autour de lui en espaces concentriques ceints de hautes murailles. Sa puissance s’exprime dans la magnificence et le raffinement de la civilisation qu’il a fait naître et à laquelle succombent malgré eux tous ceux qui la convoitent. Enfin, le mystère qui entoure l’empereur au sein de la Cité interdite fait de sa cour le lieu de tous les excès et de toutes les perversions, dans le plaisir comme dans la cruauté, jusqu’à ce scandale suprême qu’est l’usurpation du pouvoir par la femme à la sexualité débridée.
On peut bien parler de « mythe » à propos de cette image de la Chine impériale dans la mesure où elle se nourrit plus de fantasmes que d’observations et continue de hanter les imaginations alors même que le système politique et social dont elle était censée s’inspirer a disparu. En effet, à peine Loti a-t-il proclamé « Pékin est fini » que Segalen fait revivre « la magie enclose en ses murs » ; pour Pierre-Jean Rémy les mystères de la Cité interdite se recomposent autour du pouvoir maoïste, derrière les murs de Zhongnanhai, tandis que pour les maoïstes la Révolution culturelle laisse croire à la possibilité d’une alliance entre totalitarisme et « démocratie directe » ; la mégalomanie des empereurs et la dépravation des impératrices survivent dans les romans historiques, des expositions prestigieuses n’en finissent pas d’exhumer les « trésors » de la Cité interdite et des architectes se donnent pour mission de rendre à Pékin sa splendeur passée.
Nous suivrons, du XVII° siècle au début du XXI° siècle, quelques-unes des manifestations du mythe de la Chine impériale au sein de la culture française en nous demandant pour finir si, à travers la représentation de cet autre fantasmé, la France ne poursuit pas son propre rêve de puissance et de grandeur. | back

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Jin Siyan, University of Artois, France

L’imaginaire de l’autre : identité et réception française  dans la littérature chinoise  contemporaine

L’étude de réception sur la littérature chinoise contemporaine, amorcée par une série d’analyses (1), sert à constituer et reconstituer une « morphologie de la volonté de savoir » (2) de l’autre, représentée principalement par l’imaginaire chinois de l’Occident dont la France fait grandement partie. Ce travail autour de la réception, entrepris depuis 1982, constitue en effet une dimension particulière des études sur l’histoire littéraire chinoise : retracer l’imaginaire littéraire inspiré par l’Occident, considéré comme « modèle idéal » pour certains, « décadent » pour d’autres. Il s’agit tout d’abord de remettre en évidence la modélisation heuristique d’un concept, d’une idée, d’un modèle à partir des faits/événements littéraires concernant des auteurs occidentaux traduits en chinois autour desquels se constitue une nouvelle tradition. D’autre part, des études de cas précis portant sur des textes littéraires chinois révèlent l’existence d’un imaginaire autour de ce modèle occidental, porteur dès son arrivée en Chine, d’une valeur d’utopie – celle de l’ailleurs. L’Occident suscite chez des récepteurs et écrivains chinois une intelligence des multiples interprétations nouvelles dont il est l’objet, il constitue une métaphore à partir de cet imaginaire du modèle. Lequel n’est pas fondé sur la logique, la preuve de l’existence d’un exemple à suivre, mais sur l’immense curiosité et le désir de découvrir l’autre.
Deux questions surgissent dès lors : 1) La réception de l’autre  en Chine, porte-t-elle sur la forme ou sur le fond ? 2) Comment est perçue la France en Chine dans les temps modernes au XX e siècle ? Un travail sur l’imaginaire de l’autre en Chine par le biais des approches spécifiquement littéraires est nécessaire. Le modèle de la social-démocratie basée sur le multipartisme et le parlementarisme, ou son expansion économique et les avancées technologiques entraînent les intellectuels et écrivains chinois à une profonde réflexion sur leur propre environnement culturel. Nos études à ce sujet précis se sont entreprises à deux niveaux: époque et champ de réception. Sur le plan temporel, il s’agit de trois périodisations différentes : la première rencontre entre l’Occident et la Chine à travers les Jésuites ; la deuxième rencontre au début du XX e siècle avec le mouvement de la Nouvelle Culture, et la troisième rencontre amorcée avec la réouverture de la Chine vers le monde extérieur depuis 1976.
Dans la présente étude, notre travail porte, dans le cadre de recherches de réception, sur certains termes clés traduits en chinois qui ont provoqué, de violentes réactions chez les Chinois ou chez les Occidentaux, chacun de leur côté. Nous avons choisis spécifiquement trois termes clés traduits, parmi bien d’autres, qui représentaient dans trois périodes différentes, trois cas de réception particulière. Ces trois mots clés sont «Dieu » traduit au cours de la première rencontre au XVII e siècle ; la « décadence » introduite en Chine avec le symbolisme français lors de la deuxième rencontre et l’« Occident » dans la deuxième moitié du XX e siècle, afin de voir quel pouvait être le rôle de filtration de la culture du récepteur chinois, surtout lorsqu’il s’agit de la réception de concepts, d’idées.  ]

(1) Nos études sur l’imaginaire de l’Occident dans la littérature chinoise moderne et contemporaine représentent un travail de longue haleine. Nous avons dépouillé minutieusement des documents, des écrits, en nous appuyant sur deux types d’approches : critique et historique qui prennent appui l’une sur l’autre et se complètent. Voir Jin Siyan, Wenxue jieshou yu wenhua guolü – Zhongguo dui Faguo xiangzhengzhuyi shige de jieshou 文学接受与文化过滤 – 中国对法国象征主义诗歌的接受 (Réception littéraire et filtration culturelle – Études de la réception de la poésie symboliste française en Chine), Beijing  北京 , Renmindaxue chubanshe 人民大学出版社 , 1994 ; La Métamorphose des images poétiques des symbolistes français aux symbolistes chinois, 1915–1932, Dortmund, Édition Cathay, Bochum, Projekt Verlag, 1997.
(2) M. Foucault, « La volonté de savoir », in Résumé des cours 1970-1982, Paris, Julliard, 1989, P. 9.
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Strand 1

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Sonia Au Ka-lai, French Centre for Research on Contemporary China, Hong Kong

Image de la littérature française dans les premières revues de la nouvelle littérature de Hong Kong (1928-1949)

Dans les années trente, vingt ans après le mouvement du 4 mai, une époque marquée dans le monde entier par une grande liberté et originalité en matière d’art et de littérature, la littérature chinoise moderne mûrit sur le continent chinois. C’est sur l’encouragement de Lu Xun que la première revue de la littérature moderne de Hong Kong , Banlui [Compagnon] , vit le jour le 15 août 1928. Pendant les dix ans qui vont suivre, les revues littéraires hongkongaises ne vont pas cesser d’apparaître et de disparaître . Leur période de vie, faute de moyens, de lecteurs, étant très courte. La situation changea après 1937, année de l’agression japonaise sur la Chine qui vit beaucoup d’intellectuels du continent venir à Hong Kong. Ceux-ci éclipsèrent les écrivains locaux.
Les revues de cette époque (1928 à 1949) contenaient de nombreuses traductions de littérature occidentale. Cette nouvelle littérature se rattache à celle de la Chine continentale, tout en étant donc empreinte d’une littérature occidentalisée et urbanisée. Quelle place tenait la littérature française dans ces revues hongkongaises et quels genres de littérature française étaient introduits? A travers le recensement de ces traductions, l’étude des thèmes choisis, les contenus littéraires et les critiques qui en sont faites, nous dessinerons l’image de la littérature française sous la plume des écrivains de Hong Kong à l’époque et l’importance de cette littérature dans la recherche de la modernité qui caractérisait la naissance de la nouvelle littérature de Hong Kong. | back

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Michelle Bloom, University of California Riverside

Cinematic Import/Export: Traveling between France and China

“Chinese cinemas,” referring to films from Hong Kong, Taiwan and the diaspora as well as the Mainland, are multiple and transnational. I have coined the neologism “sinofrench” and applied it to Chinese films with French connections, and vice versa. These connections lie in co-production, intertextuality, setting or language. I will argue that a spate of sinofrench films from 2001-2004 entail migrations from Greater China to France, as well as the importation of French images into “China.” The circulation of bodies (people) and images (film footage, slides, etc.) between China and France exemplifies and contributes to the transnationality of contemporary “Chinese cinemas.”

While French tourist icons and the French language are imported into Emily Tang (Xiaobai’s) post-Tiananmen Square Beijing in her debut film Conjugation (Dong ci bian wei), the character Xiao Qing cannot go to France, unlike Taiwanese auteur Tsai Ming-liang’s character Shiang-chyi, who has a not so bon voyage to Paris in What Time is it There? (Ni neibian ji dian). Tsai completes the French-Taiwanese exchange through his citation of French director Francois Truffaut’s 1959 New Wave classic The 400 Blows. In Dai Sijie’s Balzac and the Little Chinese Seamstress (Xiao cai feng), French literature sneaks its way into “Cultural Revolution” China; while as an adult following his “re-education,” the main character Ma immigrates to France. Finally, Jia Zhangke’s migrant workers are stuck in the “World Park” outside of Beijing, along with simulations of French tourist sites, although one character has made it to Paris’s “Belleville” (Chinatown). | back

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William Butcher

Les sources asiatiques du « Tour du monde en quatre-vingts jours »

Bien qu’un bon tiers du Tour du monde se passe en Asie, avec deux chapitres sur Hong-Kong, les critiques ont été réduits aux hypothèses sur les sources documentaires qu’utilise Jules Verne. Toutefois, l’écrivain les enregistre, chapitre et vers, dans le premier manuscrit du roman, en forme de références marginales, par exemple, « 69 1 69 ». Une seule fois, il ajoute « T. du M. ». Le cryptique « 69 1 69 », contre la description d’une pagode, se déchiffre alors comme le périodique Le Tour du monde, 1869, premier semestre, page 69 — page qui comporte, précisément, une belle image de pagode.
Forts de ces références, nous pouvons immédiatement identifier les sources indiennes du romancier : Alfred Grandidier, Voyage dans les provinces méridionales de l’Inde, et Louis Rousselet, L’Inde des rajahs. Les chapitres sur Hong-Kong, eux, bénéficient de « La Chine et le Japon », du marquis de Moges, accompagné de belles gravures de Gustave Doré. Ceux sur le Japon, enfin, empruntent systématiquement à Aimé Humbert, Le Japon. Ces renvois résolvent des énigmes qui ont hanté grand nombre des dizaines de millions de lecteurs du roman, à savoir l’origine des vers érotiques s’y trouvant—et de la femme dont il décrit les charmes, identifiée simplement comme « la reine d’Ahmédnagara ». Si Verne n’attribue le poème qu’au « roi-poète, Uçaf Uddaul », dans le manuscrit il écrit la phrase révélatrice : « cité par de Lanoye 65 ». Il s’agit de Ferdinand de Lanoye, auteur de L’Inde contemporaine, qui, effectivement, comporte des vers quasi identiques, et qui identifie le poète être Yusuf’Adil, roi de Bijapour et patron des arts.
Lanoye donne également le nom de la voluptueuse reine : Chand-Bibi. Cette figure historique lutte pour défendre Ahmadnagar contre les forces mogholes de l’empereur Akbar, mais meurt aux mains de ses propres sujets, accusée, à tort, de trahison.
Connaître ainsi les sources documentaires précises ne peut qu’ajouter au plaisir de lire les captivants chapitres asiatiques du Tour du monde. | back

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Chu Xiaoquan, Fudan University, Shanghai

La culture chinoise à travers les textes de Jacques Lacan

Parmi tous les grands penseurs français, ou même occidentaux, Jacques Lacan est le seul qui ait fait de réels efforts pour intégrer la culture chinoise, ou au moins quelques éléments essentiels de la culture chinoise, dans son système théorique. Cet intérêt a de quoi étonner, parce que la psychanalyse, domaine dans lequel Lacan faisait briller son génie, semble très éloignée et même diamétralement opposée aux concepts principaux de la culture chinoise, si nous considérons par exemple la façon par laquelle les Chinois conçoivent les rapports entre parents et enfants. Dans mon exposé, je propose d’examiner les questions suivantes : le regard que Lacan porte sur la culture chinoise était-il un hasard biographique provoqué par sa curiosité personnelle ou était-il motivé par certaines considérations intrinsèques à la théorie qu’il élaborait ? A quelle place précise a-t-il assigné ces éléments chinois dans son système de pensée ? Les a-t-il retenus comme manifestation d’une altérité absolue ou a-t-il essayé de les prendre comme composant d’un ensemble transcendant l’opposition usuelle entre l’Occident et l’Orient ? Enfin, nous nous intéresserons, dans un esprit herméneutique, aux problèmes de l’interprétation afin de déterminer ce que Lacan a présenté dans ses textes comme les caractéristiques essentielles de la culture chinoise. Les éléments de réponse à ces questions que je souhaite révéler nous permettraient ainsi de mieux comprendre les conditions d’un échange culturel à un niveau sophistiqué. Une attention particulière sera portée sur l’exploration du potentiel langagier par Lacan dans son effort de récuser certaines thèses majeures de la pensée occidentale. Notre étude devrait donc être pertinente dans le cadre d’une discussion sur les rapports subtils entre la langue et la culture qui sont au centre de notre enquête sur échanges culturels entre la France et la Chine. | back

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Dong Qiang, University of Beijing

Entre identité et universalité : les échanges France – Chine dans le domaine des arts visuels

Depuis moins de dix ans, la peinture chinoise (notamment l’art contemporain) et le nouveau cinéma chinois commencent à attirer l’Occident, avec des artistes chinois qui rencontrent de grands succès, comme les cinéastes chinois de 5ème et 6ème génération qui ont remporté des prix européens les plus importants, en France, en Italie comme en Allemagne. Dans le domaine des arts plastiques, nous rencontrons un phénomène tout aussi intéressant : Paris, longtemps considérée comme capitale de l’art, ouvre non seulement ses portes aux artistes chinois, mais aussi s’apprête à concurrencer la Chine émergente.
Je voudrais, à partir de mes propres expériences (rencontres, événements, recherches, écrits, traductions et conférences), non pas esquisser un panorama de ce qui se passe dans ces domaines en France et en Chine - ce qui serait prétentieux, impossible et pour le moins fastidieux - mais analyser quelques tendances qui révèlent à la fois des penchants personnels, des jugements esthétiques et des visions culturelles en Chine comme en France, en dehors de tout effet de mode. Une telle analyse nous aidera, je l’espère, à mieux considérer un phénomène de plus en plus important dans cette ère de l’image, à savoir que, les artistes chinois et français, tout en cherchant ce qu’il y a de foncièrement personnel, sont-ils régis par une réception esthétique – critique, de marché – qui soit liée profondément avec leur système culturel ?
Pour concentrer mon propos, je prendrais comme exemples les travaux de trois artistes, Jia Zhangke (cinéaste chinois résidant en Chine continentale, considéré comme le représentant de la sixième génération des cinéastes), Wang Yancheng (peintre chinois de nationalité française et résidant en France, considéré comme le descendant spirituel et artistique de Zao Wu-ki) et Fabienne Verdier (femme-peintre française qui s’inspire ouvertement de la calligraphie chinoise, auteur du logo des années croisées France-Chine). Tous trois artistes confirmés et de grande notoriété, leurs cas sont assez représentatifs pour que nous ayons une vision générale.
Cette réflexion constitue une suite à une intervention que j’ai faite le mars 2007 à Tokyo, dont le titre est La Chine aura-t-elle un boom intellectuel ? Ma conclusion était que, seule une effervescence culturelle pourrait fournir des bases de réflexion pour qu’un essor intellectuel en Chine puisse s’en suivre. | back

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Marie-Paule Ha, The University of Hong Kong

War of Tongues: The Politics of Language in French Indochina

This paper proposes to examine the politics of language policy in colonial schools in Vietnam during French rule and its impact on language pedagogy. In the debate, some French administrators such as Etienne Aymonier were of the view that French should be the only medium of instruction that would replace Chinese and Quoc Ngu (the Romanized Vietnamese) in schools, thereby making French the dominant language in all of French Indochina. Others such as Dumotier believed in the need to maintain both the linguistic and cultural Chinese heritage in the curriculum and suggested that French be taught alongside Chinese and Quoc Ngu. In the first part of the paper, I will discuss the ideological and political implications underlying the language debate in the French civilizing mission discourse. In the second part, I will show how the political agenda informed the debate on language pedagogy in colonial schools. | back

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Xuân-Thu Lê, Carmel International School, Hong Kong

Paris and Hong Kong, tales of the two cities: Reconsidering these two cities in the light of current urban & literary studies

To any observer, Paris and Hong Kong can appear as opposite visions of the city: the first obsessed by the conservation of historic and architectural inheritance; the second, in such a constant process of renewal that the average of a building is 30 years. In the first case, the city survives generations and generations of its inhabitants. In the second, the inhabitants can experience different versions of the same city in a lifetime. What do these divergences tell us about our conception of the city? Should we apprehend this divergence as mere antagonism or is there an underlying cross-fertilization? Beyond the media debate about urban development and its rationale, this paper aims at drawing out the implicit ideologies supporting the growth of these two cities. If each city is the reflection of a culture, a civilization or more accurately, a reflection of a specific relationship to culture and civilization, what can we imagine about the future of cities around the world through the comparison of two cities so blatantly different? In order to bring out some elements of reflection, we will analyze the two cities in the light of current urban studies but also literature. French writers such as Baudelaire, Balzac or, closer to us, Jules Verne thought their writings about Paris’ evolution had universal implications. To what extent do the characteristics of a city such as HK challenge this claim?  Is it possible to rethink HK as an ideological black hole of the urban conception which produced a city such as Paris? | back

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Liu Chiulan, Peggy, Fu Jen Catholic University, Taipei, Taiwan

La "chinoiserie" en France et la "chinoiserie européanisée" en Chine. Étude sur la porcelaine au XVIIIe siècle

De nombreux auteurs, tels O. Impey et H. Bélévitch-Stankévitch, traitent de la "chinoiserie". Aucun cependant n'a pris en compte le matériau de base, la porcelaine, pour se livrer à une comparaison entre chinoiserie en France et chinoiserie européanisée en Chine au XVIIIe siècle. En fait le problème est double :
1. Cette "chinoiserie européanisée" existe-t-elle en Chine à l'époque des Lumières?
2. Dans ce domaine, quelles sont les ressemblances et les différences entre collectionneurs français et chinois?
Leur goût pour tout ce qui était européen a fait des monarques chinois les plus grands collectionneurs de l'Asie et c'est pour assouvir leur curiosité et enrichir leurs collections qu'ils ont demandé aux missionnaires de réaliser des œuvres d'art - d'où le terme "chinoiseries européanisées". Le Petit Larousse définit très bien la chinoiserie comme un "bibelot , objet de luxe ou de fantaisie venu de Chine ou de goût chinois". En ce sens, un objet de goût chinois, même s'il est réalisé par un Européen, est une chinoiserie et est donc lié à notre recherche. Quant aux Français, leur intérêt se porte-t-il sur la porcelaine authentiquement chinoise ou sur la porcelaine européanisée? Les inventaires après décès et les catalogues de vente nous renseignent sur ces collectionneurs, simples curieux ou véritables amateurs, qui appartiennent pour la plupart à la haute société. Leurs "chinoiseries" se différencient en porcelaines de collection proprement dites, et en porcelaines utilitaires. Les porcelaines de collection sont "anciennes" ou "modernes", selon leur date de fabrication. Elles ornent les cabinets, galeries et salons des résidences de leurs propriétaires et représentent une manière d'affirmer sa position sociale et son pouvoir personnel.
Les empereurs de Chine, eux, sont représentatifs du goût chinois pour les collections d'objets européens, qui satisfont leur curiosité, leur désir de s'instruire, mais aussi celui d'améliorer la qualité de l'artisanat local, pour marquer la supériorité de leur règne. Mais c'est à l'influence et à l'action de missionnaires, tels Castiglione ou Attiré, que l'on doit la "chinoiserie européanisée".
Les différences de mentalités et de motivations entre collectionneurs européens et chinois sont donc un aspect des plus intéressants révélés par notre recherche. | back

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Denis C. Meyer, The University of Hong Kong

La Chine daguerréotypée de Balzac : Entre instrumentalisation et désenchantement

On n’associe guère Balzac à la Chine. L’auteur de la Comédie humaine n’a jamais paru en effet se soucier beaucoup du céleste empire, ainsi qu’il le qualifiait, trop préoccupé qu’il était peut-être par le spectacle de son voisinage immédiat. Pourtant, le jeune Balzac s’était fort exalté en lisant du Halde, l’abbé Grosier, qui en leur temps avaient compilé tout ce qu’il fallait savoir sur le lointain Empire du Milieu. Depuis lors, la Chine signifiait quelque chose pour Balzac, même s’il n’en parlait guère. En 1842, Balzac publie pour La Législature une série de quatre articles intitulée La Chine et les Chinois. Ces textes sont rédigés à l’occasion d’une exposition de dessins exécutés en Chine du sud par son ami Auguste Borget. Abrasif et épique, avec une touche de flagornerie, Balzac y tire à boulets rouges sur les orientalistes accouchant de thèses doctorales qui donnent une saveur médicale aux secrets de l’Orient ; règle leur compte aux Anglais qui ravagent la Chine de leurs cargaisons d’opium ; enfonce un coin dans la Charte démocratique improbable de Louis-Philippe et Guizot. C’est l’esprit des Lumières qui règne dans ces pages, augmenté par le mordant d’un Balzac qui décidément voit la Chine bien plus grande que ses contemporains. | back

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Philippe Postel, University of Nantes, France

Les enjeux d’une traduction : Haoqiu zhuan en français

Cette communication porte sur le roman chinois intitulé Haoqiu zhuan 好球傳 , c’est-à-dire le premier roman chinois jamais traduit dans une langue européenne. Cette œuvre a en effet été traduite en anglais une première fois par Thomas Percy en 1761 (The Pleasing History), puis retraduite par le gouverneur de Hong Kong, Francis Davis, en 1829 (The Fortunate Union). Mon étude porte sur deux traductions françaises du roman : celle de Guilard d’Arcy, de 1842 ( Hao-Khieou-tchoan, ou la femme accomplie ) , assez proche de la traduction de Davis, et celle de Soulié de Morant, de 1925 ( La Brise au clair de lune ) .
1. Le but de mon étude est tout d’abord de replacer la traduction du roman dans une histoire de la traduction du chinois en français : il s’agit d’expliquer en particulier pourquoi la première traduction (1842) intervient après les traductions anglaises et pourquoi elle paraît aussi tardivement, alors que les classiques sont traduits depuis longtemps, et que certains romans chinois l’étaient déjà aussi dans les années 1830. 
2. Il s’agit ensuite de comparer les deux traductions (1842 et 1925), en précisant autant que possible les solutions mises en place par les traducteurs pour régler des problèmes spécifiques au chinois en général et au roman chinois en particulier.
3. Cela nous permettra enfin d’identifier des esthétiques propres à chacune des deux traductions, et des deux époques dans lesquelles elles prennent place, correspondant à deux « saisies » de la Chine par le public français entre le XIXe s. et le début du XXe s. | back

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Jean-Michel Sourd, Diocesan School, Hong Kong

Les représentations de la francité dans le cinéma hongkongais

Dix ans après la rétrocession de l’ancienne colonie britannique à la Chine, nous nous sommes interrogés sur ce que le cinéma hongkongais véhiculait de la vision de la France et des Français à travers l’analyse de certains titres choisis consciemment en français, du contenu (dialogues, décors) francoïdes et de références littéraires ou culturelles francophones de ses films. Cette lecture des représentations cinématographiques hongkongaises de la francité offre un nouvel éclairage sur la globalisation d’une image stéréotypée de la France. | back

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Greg M. Thomas, The University of Hong Kong

Regarding Chinese Art in France

This paper examines the early reception of Chinese art in France, showing how its changing reputation was related to developments within French art and art history. Beginning with the earliest French prints and travel writings about China, the first section of the paper explores the seventeenth to early nineteenth centuries. French observers in this era focused aesthetic appreciation on Chinese gardens, architecture, and decorative arts, largely dismissing Chinese sculpture, painting, and calligraphy. This aesthetic prejudice, the paper argues, stemmed from specific compatibilities and incompatibilities between aristocratic art practices in the two countries, resulting in the direct influence of Chinese gardens, architecture, and decorative arts on French Chinoiserie.
A second section traces changes in the perception of Chinese art from the early nineteenth to early twentieth centuries. Actual works of Chinese art began appearing in Europe in significant numbers, and many more French people traveled to China, experiencing Chinese arts in their local context. The looting of Yuanming Yuan in 1860 brought thousands of objects into the French market and opened China to exploration by subsequent collectors like Emile Guimet and Paul Pelliot. These more concrete contacts brought shifts in aesthetic appreciation, particularly in increasing appreciation for Chinese antiquities, while Chinese sculpture, painting, and calligraphy began gradually to gain favor.
The concluding section of the paper ties these shifts in taste to the general development of art history in France. As the discipline took shape in the later nineteenth century, it focused heavily on essentializing national cultures and promoting the genius of modern European artists. Comparing the treatment of Chinese art to treatment of other nations’ art, the paper concludes with suggestions about how and why French art history defined Chinese art as an antiquarian opposite to France’s own modern art tradition. | back

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Artur K. Wardega, Macau Ricci Institute 

Orientalism: an European path towards cultural encounter with China in late 19th Century

From the very beginning, Europe has been engaged in a love - hate relationship with the Orient for centuries. Simultaneously with the growth of the European view of their superiority over the rest of the world, was the development of a wealth of literature about or set in the Orient. This literature covered a variety of types of writing: scholarly works, usually on the classical periods of the Islamic empires; translations, especially of the Quran; travel literature; and fantastic tales about or set in the Orient. The first three categories derived from the works of the Christian churches in their crusade against Islam, usually rooted in missionary accounts of the East, or accounts of pilgrimages to the Levant. But by the eighteenth century, Oriental literature began moving away from its Church oriented origins, and becomes gradually more and more secular.
The 19th century European encounter with the Middle East gives birth to Orientalism and manifests itself through an abundant literary, pictorial and musical creation. In my paper I will give a closer look at that fascinating encounter between the exotic and spiritual Orient and the pragmatic, conquering West.
For a long time China has been an illusory empire for the West. For Voltaire and for the thinkers of the Enlightenment, she was some kind of political utopia. In the 19th century, for the poets of l’Art pour l’Art she was an artistic utopia. And now in our 21st century, its literary, cinematographic and cultural achievements started to “orientalize” and revitalize a good number of our Western societies. | back

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Flannery Wilson, University of California, Riverside

Viewing Chinese Film Through a French Theoretical Lens: Wong Kar-Wai’s 花樣年華 and Deleuze’s Cinéma

How does French theory translate onto a Chinese text, namely a filmic representation of Hong Kong in the 1960s; and furthermore, is it useful or productive to read Chinese film in relation to this type of theory? With the increasing globalization of the film industry, how can one even differentiate between Eastern and Western influences or references within a cinematic context? In this paper I will explore Wong Kar-wai’s film In the Mood for Love (a so-called “Eastern text”) in relation to specific theoretical issues that Gilles Deleuze raises about film in terms of movement, space, and time towards the end of Cinema 1: The Movement-Image and throughout Cinema2: The Time- Image (a so-called “Western” text). Deleuze prefers the “time-image” which arises from “the crisis of the action-image” over the less sophisticated “movement-image.” His preference for the “time-image” can be likened to Wong’s tendency to favor the representation of bodily movements over dialogue in Mood. Like Wong, Deleuze believes that as the cinematic narrative becomes less and less reliant on what is actually shown by the camera; as the framing become more subjective and as plot devices begin to rely more and more on the “mental image,” film-viewing in general becomes a greater experience.
Deleuze also links his idea of “the crisis” with late fifties cinema in France, around the time of the French New Wave, and this happens to be one of the most influential cinematic movements for Wong as well. The common ground that exists between Wong as an auteur and Deleuze as a critical theorist does shed light on Wong’s French or Western influences. Of course, it is also plausible that the relationship between these two figures/texts is an imperfect one that can never be fully negotiated trans-nationally. | back

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Yang Shu Nu, Yu Da University of Technology, Taiwan

L’Esthétique de l’existence chez quelques personnages romanesques de France et de Chine

La création littéraire dans les pays comme la France et la Chine est partie prenante de l’épanouissement culturel. Elle est considérée non seulement comme une sorte de continuité de la vie vécue et d’engagement dans l’évolution sociale, mais également comme la découverte de la signification métaphysique de la réalité et de la révolte face à l’injustice ainsi qu’à l’enfermement du destin humain.
Dans cette recherche, à travers quelques personnages romanesques qui témoignent de l’intégrité de l’existence humaine comme dans Madame Bovary ; L’assommoir, Les Misérables, Si Yeou Ki, Le Rêve dans Le Pavillon Rouge, nous traiterons de la pratique technique d’existence comme le souci de soi, la quête du sens, la transformation, et la non-identification pour établir l’authenticité de l’art de vivre. Cette revalorisation sur l’esthétique de l’existence ouvre un chemin vers la convergence culturelle et humaniste entre les deux pays. | back

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Zhang Chi , Guangdong University of Foreign Studies

Les réflexions de Gu Zhun et Zhu Xueqin sur la Révolution française et une tendance de la pensée chinoise depuis 1994

En septembre 1994, la publication en Chine de deux livres a laissé une forte influence sur les intellectuels chinois jusqu’à aujourd’hui. L’un est Œuvres de Gu Zhun (Gu Zhun wenji) (éditions le Peuple du Guizhou ; Guizhou renmin chubshe). L’autre est La chute de la République de moralité (Daodelixiangguo de fumie – cong Lusuo dao Luobosipier) de Zhu Xueqin (SDX Joint Publishing Company de Shanghai ; Shanghai Sanlian shudian). Les deux livres ont le même sujet : la Révolutionet comportent de nombreux points communs dans leurs réflexions sur la Révolution française. Leurs idées ont été acceptées par beaucoup d’intellectuels chinois, ce qui nous permet de comprendre une des tendances de la pensée chinoise contemporaine.
Gu Zhun (1915-1974) a consacré sa vie au communisme à partir de 1935, mais après la prise du pouvoir du PCC en 1949, il sera régulièrement taxé d’ «ennemi de la Révolution» par les mouvements politiques. Et ce n’est pas un cas particulier. Durant la période Mao (1949-1976), des millions de membres du parti communiste et des « masses révolutionnaires » ont été condamnés. Au nom de la « Révolution continue », la Révolution Culturelle a conduit la Chine dans l’enfer. Gu Zhun a miraculeusement survécu malgré les tortures physiques et morales. Dans les dernières années de sa vie (1972 -1974), il a noté ses réflexions dans plusieurs cahiers et exprimé ses idées dans ses lettres à son frère.
Ayant trouvé le rapport logique entre la Révolution chinoise, la Révolution russe et la Révolution française, Gu Zhun conclut que la tragédie de la Révolution chinoise, dont la Révolution culturelle est l’apogée, est inévitable. Il remonte jusqu’à la Grèce antique pour montrer que l’idéal révolutionnaire a conduit à la terreur en France, en Russie et en Chine. L’idéal de la Révolution dans ces pays-là est de réaliser une démocratie directe comme à Athènes, mais à la fin c’est la dictature et la terreur qui dominent le peuple. Il pense qu’un parlement qui dispose du pouvoir de législation permettrait d’éviter ce problème. Il annonce que « la démocratie moderne ne doit être que parlementaire ».
Zhu Xueqin (1950-) est un enfant de la « République populaire de Chine ». Pendant la Révolution culturelle, il a été exilé dans la campagne pauvre comme des millions de « jeunes instruits ». Désillusionné par l’idéal communiste, il a commencé ses réflexions sur la Révolution. Entré à l’université en 1977, il a choisi l’histoire comme discipline. Après le massacre de la place Tian An Men en 1989, il a préparé une thèse de doctorat sur la Révolution française afin d’analyser la Révolution chinoise. Fortement influencé par Gu Zhun, il souligne que l’exigence d’une morale parfaite est à l’origine du radicalisme, qui a conduit à la dictature de Robespierre et la Terreur. Il reprend l’idée de Gu Zhun, qui a divisé les révolutions modernes du monde en deux types : le type anglo-américain et celui franco-russe-chinois. La Révolution du premier type a conduit à la sortie du Moyen Age. Mais la Révolution franco-russe-chinoise, avec les moyens révolutionnaires et une apparence moderne a conduit à la restauration de la théocratie du Moyen Age.
Les deux livres ont immédiatement suscité des échos parmi les intellectuels chinois. Gu Zhun et Zhu Xueqin ont détruit le mythe de la Révolution, qui avait fasciné plusieurs générations d’intellectuels chinois du XXe siècle. Finalement, la thèse de « Faire ses adieux à la Révolution » présentée par Li Zehou est acceptée par beaucoup d’intellectuels chinois. Le radicalisme rejeté, le conservatisme et le libéralisme, condamnés depuis toujours par les idéologues du PCC, commencent à fasciner les intellectuels chinois. | back

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Zhang Hua, Fudan University, Shanghai

Les écrivains francophones chinois

Notre étude se propose de tracer l’histoire des écrivains ‘‘francophones-chinois’’ au 20 e siècle, pour saisir comment l’esprit d’un Chinois s’exprime dans la langue française.
Les écrivains francophone-chinois constituent en effet trois générations : la première génération, celle de Tcheng Cheng, est arrivée en France dans les années 20 ; la deuxième génération, celle de François Cheng, de Chow Ching Li, dans les années 50 ou 60 ; la troisième génération, celle de Dai Sijie, Ya Ding, Shan Sa, etc., dans les années 80.
Certes, les motivations, le parcours, et le talent de ces écrivains sont très différents les uns des autres, mais on peut se demander si des caractéristiques communes nous permettent de parler « d’écrivains francophones chinois » ? Peut-on, dans leurs poèmes, romans, essais ou pièces de théâtre, découvrir des thèmes récurrents ?
Ils sont tous exilés, mais des raisons différentes. La prise de conscience de l’exil induit nécessairement la réappropriation de la culture d’origine. Néanmoins, la même distance géographique ne produit pas systématiquement le même regard vers leur pays d’origine et vers leur pays d’accueil. Les écrivains des trois générations, marqués par les événements différents, sont nourris dans les environnements différents. L’éducation familiale ou scolaire qu’ils ont reçue avant leur arrivée en France forme une base non-identique de la culture chinoise et occidentale. Les références plus ou moins diverses qu’ils portent influencent leur choix dans le dialogue interculturel.
Dans les différents parfums qui se dégage de l’exotisme chinois est-il possible de distinguer l’exotisme authentique de l’exotisme ‘‘vantardiste’’ ou même ‘‘vendeur’’ ? Comment à travers le prisme de leurs expériences culturelles et historiques, de leur formation intellectuelle et de leur état d’esprit, ces écrivains francophones chinois perçoivent-ils ce qui est considéré comme la culture en France ou en Europe ? Comment situent-ils la culture chinoise par rapport au reste du monde ? Quelle est leur identité culturelle ? Comment les écrivains se reconnaissent-ils vis-à-vis de cette nouvelle identité ? Telles sont les questions auxquelles on essaie d’apporter des éléments de réponse. | back

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ZHENG Lihua, Guangdong University of Foreign Studies

La signature chinoise et la signature occidentale

La signature est à la fois un signe d’identité de l’auteur et un signe de certification servant à valider. Comme signe d’identité, la signature révèle les traits identitaires de l’auteur et permet de l’identifier. Pourtant, les traits identitaires portés par la signature sont différents selon les cultures. En Occident, la signature révèle davantage les traits identitaires liés à la personne de l’auteur, par exemple, la présence physique lors de la signature, un esprit normal, une volonté libre, etc., En Chine, la signature révèle plutôt les traits identitaires liés à la position sociale de l’auteur, par exemple, la reconnaissance du groupe, les relations avec les autres, etc., Comme signe de certification, la signature a besoin de la reconnaissance des autres pour avoir la force de validation, ce qui est pareil en Chine et en Occident. Mais les critères de reconnaissance peuvent différer d’une culture à l’autre. En Occident, on insiste sur la constance de la signature et met en avant la personnalité indépendante de l’auteur. En Chine, c’est surtout la lisibilité de la signature qui prime, car il faut que les autres sachent qui a signé. La lisibilité l’emporte sur la constance. | back

Strand 2

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Beatrice Cabau-Lampa, Hong Kong Baptist University

Témoignage universitaire hongkongais ou le défi d’une section de français d’un programme d’Etudes européennes à orientation « sciences politiques »

A l’heure où les idées d’internationalisation de l’enseignement supérieur et de globalisation reviennent systématiquement dans les débats relevant du domaine éducatif et culturel, il semble opportun d’accorder un intérêt particulier aux programmes universitaires en Chine qui incluent des études de français ou françaises au sens large. Par exemple, on peut s’interroger sur les défis que doit relever un programme universitaire hongkongais s’appuyant sur deux piliers : l’apprentissage intensif du français et un enseignement en sciences politiques et sociales. Non seulement ces deux disciplines universitaires font rarement ménage ensemble à l’étranger, mais dans le cas de Hong Kong, place internationale des affaires, cette orientation semble très ambitieuse. Aux considérations éducatives s’ajoute de façon évidente l’enjeu que représente former des jeunes dans un environnement géopolitique particulier, tel que l’est Hong Kong, sans oublier l’objectif de bilinguisme prôné depuis la rétrocession de la région à la Chine.
C’est ainsi que cette intervention dressera un inventaire des besoins et attentes du public étudiant ainsi que celui des problèmes et succès qui ont jalonné l’existence du Programme d'Etudes européennes de Hong Kong Baptist University lancé en 1994. Si cette illustration (et non modèle) d’expérience universitaire comporte un questionnement sur les concepts-clés de culture et de société du savoir qui concerne toute institution d’enseignement supérieur, il est évident que les diverses réponses apportées ici reflètent un souci de contextualisation, à savoir la prise en compte des besoins et attentes de la communauté hongkongaise et de la communauté française dans la Région Administrative Spéciale.
L’accent sera donc mis sur la nécessité d’accroître la coopération entre les différentes parties représentant la France (et pourquoi pas, les autres pays francophones) à Hong Kong. Ce réseau renforcé se trouvera mieux à même de dialoguer avec nos partenaires hongkongais. En effet, aucune perspective de développement de coopération universitaire franco-chinoise ne pourra être viable sans un renforcement des efforts conjugués des milieux éducatif, culturel, diplomatique et des affaires. Ce renforcement de réseau profitera à tous – et en premier lieu, aux étudiants - et contribuera à consolider l’image de l’engagement de la France en Chine. | back

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Fred Dervin, University of Turku, Finland; Valérie Martinez, The University of Hong Kong

France and China via Finland: virtual mobility, French as a lingua franca and interculturality

The use of French as a lingua franca (FLF) remains under-exploited and unexplored in the development of a didactics of intercultural communication within French teaching and learning... even though FLF is a reality in most classes worldwide. This paper will explore its use within two higher education settings (Hong Kong and Finland) by describing and discussing a joint action-research. The project involves the virtual mobility of students of French from the universities of Hong Kong and Turku (Finland) through a Learning Management System (LMS), and aims to raise the students’ intercultural awareness about three spaces: France and China via Finland / China and Finland via France. The approach finds its roots in ‘intercultural hermeneutics’ (Abdallah-Pretceille, 2003; Dahl et al., 2006) and derives its rationale from the discourse analysis and enunciative-based model of ‘proteophilic competences’ as put forward by one of the authors (Dervin, 2007). In short, the task-based approach that we adopted is not interested in the description of national cultures and identities as if they were objective entities but in boosting awareness of non-stop (co-)construction of these elements in intercultural contexts and of their potential manipulative and strategic uses. Our hypothesis is that, by helping students to deconstruct the expression, enactment and construction of cultures and identities, they will go beyond “solid” discourses on self and others (Bauman, 2000).
In spring 2008, our students exchanged various documents on images and perceptions of France, Hong Kong and Finland. Based on these, they chatted on self and otherness, cultural identity, representations and stereotypes, intercultural competences... Through the analysis of the chats and the final reflexive essays handed in by the students, in which they had to talk about what they had learnt, we will examine if the experiment had an impact on the students’ intercultural competences (in terms of discursive and analytical savoir-faire) and if their discourse on self and others evolved through time. Finally, by means of end-of-course questionnaires, we will determine how FLF communication in virtual mobility was perceived by the students, as compared to communication with ‘native speakers’ and representatives of both groups’ target country, France. | back

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Sophie Foch-Rémusat, Lycée Marcelin Berthelot, Saint-Maur, France

Un aspect inattendu des relations éducationnelles et culturelles franco-chinoises : le “français langue étrangère” enseigné aux enfants chinois en classes de CLIN dans le quartier Belleville-Ménilmontant à Paris.

Le monde bouge. On dit couramment que ses frontières se troublent et se redessinent. Les êtres humains qui peuplent ce monde sont de plus en plus remuants. Ils se déplacent, même parfois au delà des bornes et en dehors des chemins balisés des circuits officiels contrôlés. Cela a-t-il des conséquences sur le plan des politiques éducationelles et cuturelles?
Nous proposons d’envisager la question, non pas en général mais en détail, d’une manière empirique et en partant de faits précis.
Actuellement, dans le 11e arrondissement parisien, les quartiers Popincourt, Fontaine au roi, Ménilmontant, Belleville etc. sont des lieux d’accueil d’une importante communauté d’immigrés chinois (souvent en situation irrégulière). Bien que non francophones leurs enfants sont scolarisés dans les écoles de la République. Ils sont dans les premiers temps accueillis dans des classes dites d’initiation (CLIN) où ils reçoivent un enseignement spécifique de “français langue étrangère”. L’appellation contient une exigence éthique forte : elle indique que les conditions d’accueil, plus que respectueuses, véritablement sympathiques ( au sens moral que le terme a chez Hume),  d’enfants non francophones, se font de leur point de vue : c’est en effet à leurs oreilles que le français sonne “étrangement”. Ces conditions tranforment, au moins dans ces classes, la langue nationale, qui devient  étrangère.  L’école reconnaît qu’il existe des autres, qu’ils sont libres (ont un pouvoir, celui de nous changer) et comptent ( c’est d’autant plus important que l’école de la République a participé à la colonisation, ne serait-ce qu’en rêvant de porter jusqu’aux antipodes le flambeau conquérant d’une raison universelle). Dans cette école, la langue française – où pourtant plus qu’à l’école se sentirait-elle chez elle?  se découvre et se reconnaît autre, pour d’autres.
Comment l’école donne-t-elle ici une leçon? Quels enseignements tirer d’un tel exemple d’hospitalité sur les règles d’un commerce intellectuel et culturel juste?
En somme, s’agit-il, en matière de relations culturelles et éducationnelles, d’échanger (des biens culturels comme des marchandises, ce qui suppose une indifférenciation des cultures devenues interchangeables) ou d’abriter : faire dans chaque culture de la place pour y loger un/des corps étrangers?
Nous proposons de revenir sur l’image biblique de Babel et sur un texte du philosophe W.Benjamin sur “la tâche du traducteur” pour esquisser à ce sujet quelques pistes de réflexion. | back

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Vincie Ho, The University of Hong Kong

Redefining Teacher Language Awareness: The case of teaching French as a Foreign Language in the context of Hong Kong

Teacher Language Awareness (TLA) has been discussed extensively in recent publications and receives increasing attention. While TLA in foreign language teaching is generally defined as teachers’ knowledge of the subject matter or the target language (L2), this paper attempts to call attention to the importance of teachers’ understanding of the linguistic systems of the mother tongue (L1) of learners.
In the unique situation of Hong Kong where Native Speaker (NS) teachers dominate the French teaching community, only a small proportion of the teaching force is involved in the acquisition of the local language to an adequate standard due to various factors such as the English-predominant language environment in Hong Kong, the use of English as a Lingua Franca in the language classroom, and the preference of NS teachers for the learning of Mandarin being the official language of China. This paper argues, with particular reference to the teaching of French pronunciation, an area in which the percentage of preference of learners in favour of a monolingual NS teacher is generally significant, that teaching effectiveness is enhanced by teachers’ awareness of the Cantonese language being the learners’ L1 in the context of Hong Kong. The discussion also aims at soliciting reflections on the current French teaching practice and existing teacher training programmes in the region. | back

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Eva Martin, Cultural Co-operation Services, French Embassy of Beijing

Culture(s) éducative(s) et formation continue dans le contexte de la coopération bilatérale: Le cas des enseignants chinois de FLE des universités

Les contextes de coopération bilatérale sont marqués par la nécessité de construire en commun des projets faisant intervenir des acteurs de cultures différentes. Dès lors, la question de l’adaptation des actions de coopération au contexte des bénéficiaires se pose. La coopération pour le français, qui intervient dans de nombreux domaines, doit également s’interroger pour répondre parfaitement à ses missions : diffuser la langue et la culture françaises à l’étranger. Cette intervention se veut donc une contribution, certes modeste, à la compréhension des cultures éducatives chinoises afin de pouvoir construire des formations continues adaptées aux besoins des enseignants de FLE des universités.
Après avoir présenté succinctement le système éducatif chinois et plus particulièrement l’enseignement/apprentissage du français en Chine, nous nous attacherons à décrire un dispositif original de formation continue mis en place par l’Ambassade de France en partenariat avec le réseau des Alliances Françaises en Chine.
Nous présenterons ensuite les résultats d’une enquête menée en 2007 auprès d’enseignants chinois en formation continue dans le cadre du dispositif décrit plus haut. Plusieurs angles d’attaque ont été choisis pour mener cette analyse en profondeur : instructions officielles, manuels d’enseignement / apprentissage du FLE, pratiques de classe, mais aussi représentations des enseignants et récits de vie de formation. | back

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XU Yan, Renmin University, Beijing

Différences méthodologiques entre les manuels français et chinois en FLE sous l’angle de l’organisation structurale du contenu

Avec la multiplication des échanges sino-français dans le domaine de l’enseignement du FLE, de plus en plus de manuels français sont introduits en Chine, en classe de langue française. Ils complémentent, parfois remplacent les manuels d’origine de Chine grâce au fort intérêt qu’ils suscitent chez les apprenants comme chez les enseignants. Nous jugeons nécessaire d’analyser les différences entre les manuels français et chinois en vue d’une meilleure connaissance des deux et à travers là d’une utilisation plus rationnelle et efficace.
La comparaison pourrait être faite sous plusieurs aspects (choix du contenu, activités, supports...). Nous nous proposons ici d’analyser les différences méthodologiques entre les manuels des deux pays sous l’angle de l’organisation structurale du contenu. A partir d’une analyse sur les différentes définitions de la notion de manuel, nous constatons que le choix didactique, autrement dit le choix méthodologique, constitue un des trois éléments indispensables au manuel du FLE (la matérialité de l'objet, contenu documentaire, choix didactiques). L’adoption d’une méthodologie conduira à un manuel différent de celui rédigé sous l’influence d’une autre.
La structure du manuel nous révèle à quel point le choix méthodologique influe, voire même décide de l’effet pédagogique du manuel. En partant du tableau des contenus et les unités d’une vingtaine de manuels français et chinois, nous procédons à une analyse de la structure des manuels en fonction d’une double piste : l’organisation des contenus d’un côté et l’arrangement de la progression de l’autre côté.
Une telle analyse nous permet de voir que les manuels des deux pays traduisent bien les conflits entre les deux grands mouvements successifs de la recherche dans les théories méthodologiques : les théories structuralistes et l’approche communicative. Il nous paraît également intéressant de noter la fidélité des rédacteurs français à la méthodologie choisie et la flexibilité de leurs homologues chinois. | back